Thomas Ostermeier… pourquoi je n’irai pas voir sa dernière création

Shakespeare mise en scène par Thomas Ostermeier

«La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez» de Shakespeare à la Comédie Française ?
Alors ça, si ce n’est pas un titre accrocheur, c’est que véritablement je ne m’y connais pas ! Comment ? Toi, vous, il ou elle… tu, vous, nous, n’irons pas ! Bon, il faut se rendre à l’évidence. Non je n’irai pas à la Comédie Française assister à « La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez » du sieur William Shakespeare dans la mise en scène de Thomas Ostermeier…


Oui mais pourquoi ? Faut-il se poser la question ?

De vous à moi j’adore Shakespeare. J’ai des souvenirs de jeunesse merveilleux à la Comédie Française (et tant d’autres)… à cela j’ajoute, l’air de rien, que j’ai une affection artistique toute particulière pour Thomas Ostermeier. Alors quoi ? Quel est le problème ?

Je boude. Je suis fâchée avec ce merveilleux metteur en scène ? Honnêtement on peut se poser la question… Eh bien là n’est pas l’interrogation !

Si j’ai décidé de faire l’impasse sur ce spectacle, qui de vous à moi me fait de l’œil depuis que j’en ai entendu parler, c’est pour une simple et très bonne raison… Tadam, roulement de tambour…


Il est juste impossible de se procurer une place, tant le spectacle a été pris d’assaut…

Oui, vous mes amis virtuels. Oui, vous qui aimez le théâtre, à moins d’avoir réservé votre place bien en amont. Plus de billets à délivrer avant… avant on ne sait quand, avant jamais sans doute ! Plus le moindre petit fauteuil de libre, point de place à l’horizon, à moins d’avoir une chance insolente. Soyons réalistes, il va falloir faire autrement !

J’aurais pu intituler ce billet : Pourquoi je vais me battre pour aller voir la dernière création de Thomas Ostermeier, “La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez » de Shakespeare à la Comédie Française…”. Sauf que n’étant plus, depuis un certain temps, dans la capitale, j’ai perdu mes plans B d’avant… Bref, je dois me résoudre à réserver mes places en temps et en heure comme tout le monde.

Tant pis, cela sera pour une autre fois. Cela m’apprendra à avoir plus de réactivité. En d’autres termes, dès que je vois un truc sympa qui est susceptible de me plaire et de faire le buzz, je n’hésite pas une seule seconde, je me précipite ! Je dois avouer que je suis particulièrement dépitée…


C’était le « The » spectacle à ne pas louper…

Surtout quand on a un faible pour le metteur en scène allemand. Meet Thomas Ostermeier (ou quand on n’est pas capable d’aligner deux mots en allemand, on se la pètes in english…)

Hamlet de William Shakespeare

Je n’ai découvert qu’assez tardivement Thomas Ostermeier. Mais je m’en souviens très bien. C’était en 2008, dans La Cour d’Honneur du Palais des Papes, avec sa mise en scène d’Hamlet de William Shakespeare, un sacré choc ! Dans Avignon, tout le monde en parlait, dans la presse, tous les critiques se déchaînaient… Tiède, chaud, bouillant, on s’exprimait sur tous les tons. Je ne suis pas sûre d’avoir véritablement aimé ce spectacle. C’était plus une impression, dans le sens de quelque chose qui vous marque, qui s’imprime en vous, qu’une véritable délectation.

Un personnage principal un peu fou

Quand on a encore en mémoire la version de Patrick Chéreau avec Gérard Desarthe 20 ans plus tôt, quand on a adoré la version cinématographique de Kenneth Branagh (1996), il n’est pas forcément aisé d’adhérer d’emblée à la version de Thomas Ostermeier. D’autant plus qu’il emprunte un chemin délicat, en faisant de son personnage principal un être fou au sens psychanalytique du terme. Il s’en expliquait d’ailleurs à l’époque :  » Souvent on présente Hamlet en personnage romantique intègre dans un monde corrompu… J’ai envie d’émettre l’hypothèse que la folie prend possession d’Hamlet et qu’il ne peut plus se cacher derrière le masque du fou dont il s’est couvert au début de la pièce. »

La note d’intention me posait question mais qui peut avoir oublié la scène d’ouverture, l’enterrement du Roi Hamlet, la boue et la pluie à la lance de pompier sur l’immense plateau de la Cour d’Honneur. Ophélie et la mère d’Hamlet, Gertrude, jouées à tour de rôle par la même actrice… Oui, cette version est restée très présente dans ma mémoire, même si j’ai quelques réserves.

Après il y a les souvenirs et ce que l’on en fait

Il y a aussi au cours de cette représentation ma découverte dans le rôle-titre, d’un acteur renversant, Lars Eidinger. C’est comme si Thomas Ostermeier avait trouvé une incarnation de sa pensée du théâtre à travers lui. Une liberté de ton, un état de corps, absolument époustouflant !


Thomas Ostermeier est le co-directeur de théâtre de la Schaubüne à Berlin depuis 1999

Invité par Hortense Archambault et Vincent Baudriller en tant qu’Artiste associé au Festival d’Avignon en 2004, j’ai tout loupé de lui cette année-là, pourquoi, comment ? Je me pose encore la question !

Depuis je me suis légèrement rattrapée. Et je ne suis pas prête d’oublier, à l’invitation d’Olivier Py, sa remarquable version de « Richard III » de Shakespeare à l’Opéra-théâtre Grand Avignon en 2015. Sans oublier dans le rôle-titre l’incontournable Lars Eidinger, il avait fait de mémoire la couverture de Libération, inénarrable trublion en début de représentation. Au jour de la première, il demandait à un spectateur qui semblait s’endormir au premier rang s’il avait besoin de quelque chose, un verre d’eau ou autre, mettant le public dans sa poche dès les premières répliques !

Thomas Ostermeier, grand metteur en scène berlinois, est maintenant l’invité de la Comédie Française. Cette version, on l’imagine décapante « La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez » avec notamment Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy, Denis Podalydès, Laurent Stocker, Stéphane Montenez…


La Nuit des rois ou tout ce que vous voulez de Shakespeare

Cette pièce est écrite vers 1601 par William Shakespeare. Elle est donnée en 1602 telle une grande fête à l’occasion de la Chandeleur et de son carnaval. C’est la dernière comédie du dramaturge.
Quel en est le sujet ? Viola pense avoir perdu son jumeau (Sébastien) qu’elle imagine noyé lors du naufrage qu’ils viennent de subir.  Et elle se retrouve en Illyrie. Pour survivre elle se déguise en homme et prend pour identité le nom de Césario. C’est ainsi qu’elle entre au service du Duc Orsino. Patatras… elle en tombe amoureuse. Oui mais… le duc, lui, est amoureux de la comtesse Olivia, une jolie veuve. Et s’en remet à Césario son page (Viola) pour lui déclarer sa flamme et l’épouser. Patatras… La comtesse va s’éprendre du charmant messager… Mais tout ceci n’est que le début de mille et une sortes de quiproquo !

À noter que le metteur en scène Thomas Ostermeier n’a pas confié la traduction de « La Nuit des rois » à n’importe qui. C’est l’écrivain et dramaturge Olivier Cadiot qui s’est plongé dans la langue du sieur Shakespeare pour lui insuffler sans doute un verbe contemporain…


Olivier Cadiot signe la traduction

Olivier Cadiot, j’ai rencontré son écriture dans la bouche du comédien Laurent Poitrenaux l’année 2004 lors de la reprise du « Colonel des Zouaves » au Festival d’Avignon. Un petit bijou ciselé à la mise en scène par Ludovic Lagarde. Un véritable choc poétique et ludique, une gourmandise drolatique que je reverrais bien… Cette année-là, il y avait également « Fairy Queen » du même auteur. Et « Oui dit le très jeune homme » de Gertrude Stein dont Olivier Cadiot signait la traduction.

En 2010, à l’invitation d’Hortense Archambault et Vincent Baudriller, Olivier Cadiot était l’artiste associé à la 64ème édition en compagnie du metteur en scène suisse (et musicien) Christoph Marthaler. Au programme « Un nid pour quoi faire » : un texte succulent mis en scène par Ludovic Lagarde.  Et l’extraordinaire pépite du Festival : « Un mage en été » offre un terrain de jeu exceptionnel à Laurent Poitrenaux. Ce dernier ingurgite et régurgite avec brio la poésie d’Olivier Cadiot, sur la scène de l’Opéra Théâtre, toujours sous la direction de Ludovic Lagarde. Rien que d’y penser, j’en ai encore des frissons !

Faut-il vraiment se résigner à ne pas aller voir « La Nuit des rois ou tout ce que vous voulez » dans la version d’Ostermeier ?

Eh bien oui et non… car j’ai une bonne nouvelle ! Il y aura une diffusion « Pathé Live » le jeudi 14 février à 20 h 15 en direct de la Comédie Française et une reprise au cinéma le dimanche 3 mars à 17 heures, le lundi 4 et le mardi 5 mars à 20 heures. Cela offre pas mal de perspectives, n’est-ce pas ? Et si je demandais cela en cadeau pour la Saint Valentin ? Après tout que célèbre-t-on d’autre que l’Amour dans « La Nuit des rois » !