Le jour où j’ai rencontré Marc Chagall…

Comment ai-je rencontré le peintre Marc Chagall ?
Oui c’est une vraie question ! Évidemment cette interrogation se porte sur son œuvre, son geste, sa posture… Mais ma question va plus loin, sincèrement, vous souvenez-vous de votre première rencontre avec un artiste ? Il m’est évident que j’ai rencontré Marc Chagall, à travers son œuvre s’entend, un jour d’été à la Fondation Maeght à Saint Paul de Vence.


C’est le premier souvenir que j’en ai…

Des vacances délicieuses à Grimaud, charmant village du Var, des années durant, chez des amis artistes, et ce pèlerinage, tel un rituel, en terre de couleurs à Saint Paul de Vence… C’est ainsi que j’ai découvert un lieu, un jardin, une galerie. Oui, à chaque année, son exposition, sa « visitation », et toujours ce sentiment d’être au plus près de la nature et des artistes qui s’en inspirent, un temps suspendu, une sérénité aimée.

Dès la première visite, à peine l’entrée passée, j’ai comme été happée par cet espace merveilleux et singulier… Douce alchimie de matière et de verdure, la Fondation Maeght a toujours été un berceau pour moi, un cocon de maturation, une façon d’envisager l’art différemment… Mais pourquoi essayer de mettre des mots sur les contours d’une oeuvre, tandis que l’on aimerait chimériquement envoyer au monde entier des courbes de poésie et une vibration artistique douce et hors du temps, qui souligne si joliment une expression.


Chagall : mon premier souvenir

Mon premier souvenir de Chagall, c’est assurément l’immense mosaïque que l’on peut voir au détour de l’escalier qui mène à la chapelle Saint Bernard. Là sur le mur de la Fondation s’inscrit l’une de ses oeuvres « Les Amoureux », avec ce vert toujours omniprésent… J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de la première mosaïque de l’artiste. L’ ouvrage représente Marguerite et Aimé Maeght accueillant leurs visiteurs.

Un tableau majeur de 1964 reste en principe à demeure. « La Vie », une grande huile sur toile se décline en divers thèmes comme l’amour, la religion, la musique, la maternité… De multiples personnages nourrissent notre curiosité, comme le violoniste au visage vert, une mariée et son époux, et son enfant, des acrobates, une funambule et sa petite ombrelle, un Paris tout de bleu vêtu… Autant de mini scènes qui nous interpellent. Sont-elles rêvées, sont-elles réelles ?

La première vraie rencontre avec Marc Chagall

Sauf que mon premier véritable rendez-vous, il s’est fait il y a bien longtemps, à mon insu. Quand j’étais toute petite, je rêvais de devenir un petit rat de l’Opéra… Vous me suivez. Je crois que c’était un soir de « Lac des Cygnes », sur scène il y avait mille et une plumes mais aussi l’idole de ma maman, Rudolf Noureev… Mais revenons au poète de la couleur et l’empreinte qu’il a laissé sur le plafond de la majestueuse maison parisienne.


Le fameux plafond de Marc Chagall et son décryptage

Marc Chagall - Plafond de l'Opéra Garnier C’est en 1962, à la demande du ministre de la culture, André Malraux, que Marc Chagall, fin mélomane, accepte de réaliser des fresques pour le plafond de l’Opéra Garnier sur une superficie totale de 220 m². À noter que Malraux est un ami et un grand admirateur du peintre. Un « chantier » artistique qui va durer un an, pour un artiste qui en a 77… Un bel exploit que l’on dit désintéressé. Car Marc Chagall n’a jamais souhaité percevoir d’argent pour cette œuvre pérenne au beau milieu des ors et du velours rouge d’une salle mythique qui recèle les trésors de son art.

Inauguré en 1964

« Il y a deux ans, monsieur André Malraux me proposait de peindre un nouveau plafond de l’Opéra de Paris. J’étais troublé, touché, ému… Je doutais jour et nuit. » Ce plafond s’avère être un merveilleux hommage aux beaux ouvrages de 14 compositeurs de musique lyrique…

Mais détaillons la chose…

Marc Chagall s’en va réaliser une cinquantaine d’esquisses usant de multiples techniques, crayon, gouache, encre, feutre et jusqu’aux collages, rien ne lui résiste. Mais rien ne se fera seul. À ses côtés, trois peintres l’assistent : Roland Bierge, Jules Paschal et Paul Versteeg. Chagall définit l’espace autour de cinq compartiments, comme autant de tonalités.

Le rouge s’ouvre à Ravel ou à Stravinski. Le vert dessert Wagner et son Tristan et Isolde, mais aussi le Roméo et Juliette de Berlioz. Au bleu, apparaissent Moussorgski, Boris Godounov et la Flûte enchantée du sieur Mozart. Le Blanc s’offre à Debussy et Rameau. Quant au jaune, il est dédié à Tchaïkovski et Adolphe Adam (le compositeur du ballet Giselle ou encore d’un cantique de Noël connu sous le nom de « Minuit, chrétiens » !).

Ce plafond est aussi un merveilleux hommage à Paris avec sa Tour Eiffel, son Arc de Triomphe et l’Opéra bien sûr ! Jusqu’à se prendre les pieds dans sa propre toile et se mettre en scène en personne, façon caméo, avec palette et pinceaux !


En comment je me réjouis de le revoir à l’Hôtel de Caumont

Bon, autant vous le dire franchement, j’adore la ville d’Aix en Provence. J’adore l’Hôtel de Caumont… Et je n’ai jamais été déçue par leurs expositions, même si le prix du billet d’entrée est un peu élevé !
Après une superbe expo dédiée à Nicolas de Staël, voici venir Marc Chagall… “Du noir et blanc à la couleur”, voilà pour l’intitulé.

L’exposition Marc Chagall à l’Hôtel de Caumont à Aix en Provence

L’exposition est visiblement consacrée à la deuxième partie de la vie de l’artiste : ses créations à partir de 1948 jusqu’en 1985, année de son décès. Un accrochage de 130 œuvres aux multiples techniques comme toujours avec Chagall (peintures, sculptures, mais aussi dessins, gouaches, collages, céramiques…).

Au détour du catalogue

Il y a des œuvres que j’ai véritablement envie de voir, ou de revoir. Comme : « Personnages de l’Opéra » bien sûr, puisque c’est une déclinaison du travail effectué pour le plafond de l’Opéra de Paris, qui met en scène les personnages du « Roméo et Juliette » de Berlioz. « La Nuit Verte » avec ses toits russes, sa bête à cornes et ses mariés. « Le Christ », une stèle en pierre du Gard… Evidemment « L’arlequin » dont les couleurs m’enchantent et que je ne reverrai sans doute pas de sitôt, et aussi « Le village fantastique »…

A noter

L’exposition accueille des prêts exceptionnels comme « L’arlequin » (Taisei Corporation Tokyo) ou « Les amoureux au poteau » (collection Odermatt). Des œuvres de collections privées sont assez rarement présentées en Europe. Des esquisses qui ne sont jamais exposées, et quelques grandes huiles proposées au regard pour la première fois avec leurs croquis préparatoires.


Chagall (1887-1985) en quelques dates pour s’y retrouver

1906 : Début de son apprentissage auprès de Jehouda Pen à Vitebsk en Biélorussie. Puis il part pour Saint Pétersbourg et étudie auprès de Léon Bakst. C’est là qu’il rencontre Bella Rosenfeld, qui deviendra sa première femme.
1910 : Départ pour Paris. Il se lie d’amitié avec Blaise Cendrars… En 1912, il participe au Salon des Indépendants de Paris, à l’exposition de groupe La Queue d’Ane à Moscou. Il fait sa première expo personnelle à la Galerie Der Sturm à Berlin en 1914.
1914 : Le peintre retourne en Russie et épouse sa muse Bella Rosenfeld, en 1915. Le couple s’installe à Pétrograd, leur fille prénommée Ida naît en 1916. Deux ans plus tard Chagall est nommé commissaire aux Beaux-Arts.

Chagall quitte la Russie

1922 : Il rejoint Berlin, puis Paris… Il se lance dans l’illustration de livres : « Les âmes mortes » de Gogol, puis « Les Fables » de la Fontaine ou encore « La Bible » dans les années 30.
1937 : Chagall prend la nationalité française. Mais dès 1941 il est arrêté. Varian Fry, journaliste américain, lui permet in extremis de rejoindre les USA. Il vit en exil à New-York. Sa femme Bella meurt en 1944.
1945-1946 : Chagall réalise les costumes et les décors de « L’Oiseau de Feu » de Stravinsky. Il rencontre Virginia McNeil, qui donne naissance à son fils David. Une rétrospective de son œuvre est exposée au Museum of Modern Art à New York, puis à l’Art Institute à Chicago.

Chagall s’installe en France

1948 : L’artiste rentre en France. Aimé Maeght devient son marchand. Il s’initie à la céramique, à la sculpture, et connaît le succès que l’on sait. Il épouse Valentina Brodsky en 1952. De nombreuses expositions sont organisées en Europe…
1963 : A la demande d’André Malraux il se lance dans la maquette du plafond de l’Opéra Garnier.
1973 : Le Musée national Marc Chagall est inauguré à Nice.
1977 : Il finit d’achever les vitraux de la Cathédrale de Reims.
1985 : Mort à Saint Paul de Vence le 28 mars à presque 100 ans…

Chagall, le poète de la couleur

Dans Chagall il y a tout ce que j’aime, les couleurs franches et rayonnantes, les arts du spectacle, le rêve, un incroyable bestiaire enchanté, enchanteur… et le sacré ! Que j’ai hâte d’aller à la rencontre du poète de la couleur !


Les p’tites infos :
Exposition « Chagall, Du noir et blanc à la couleur »
Du 1er novembre 2018 au 24 mars 2019 à l’Hôtel de Caumont – 3 rue Joseph Cabassol à Aix en Provence – Tous les jours de 10 heures à 18 heures (y compris jours fériés) – Tarifs de 11 à 14 euros (gratuit pour les moins de 7 ans).

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