En attendant le Festival d’Avignon… Épisode 2

Les mois se suivent, et se ressemblent ou pas… mais la programmation du Festival d’Avignon, s’égrène toujours aussi joliment. Après Pascal Rambert, voici venir le tour de Julie Duclos…

Julie Duclos

C’est en novembre, le 13 d’un mois en plein cœur de l’automne, que cette jeune « metteur en scène » est venue à la rencontre du public avignonnais. C’est assurément une petite nouvelle, même si la toute jeune élève du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris qu’elle est, joue lors de sa deuxième année une version très épurée du Tartuffe de Molière, sous la direction de son professeur : Dominique Valadié (la ravissante comédienne qui interprétait le rôle de Marianne en 1978 avec pour gouvernante une certaine Nada Strancar dans le rôle de Dorine sous la direction de son maître, Antoine Vitez ). Une pièce « travaux d’élèves » en forme d’hommage à Antoine Vitez qui lui sert de baptême puisque c’est le Festival d’Avignon qui l’accueille dans la si jolie cour du musée Calvet, et ce en 2008.

2008, la fameuse année du metteur en scène italien Romeo Castellucci avec « Inferno » dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, « Purgatorio » au Parc des Expositions et « Paradisio » à l’Eglise des Célestins, mais aussi la présence de Valérie Dréville, artiste associée aux côtés de Romeo Castellucci, qui présentait une version du « Partage de Midi » de Paul Claudel , mais encore le « Hamlet » de William Shakespeare, version Thomas Ostermeier dans la Cour d’Honneur… Sans parler de l’incroyable découverte des « Tragédies Romaines » d’Ivo van Hove, un véritable choc pour ceux qui les ont vues… la salle n’avait pas fait le plein, personne ou presque ne connaissait ce metteur en scène belge et six heures de Shakespeare en flamand, ça n’était pas très sexy sur le papier du programme… sauf que… certains s’en mordent encore les doigts !!!

Comédienne et metteur en scène, elle a fait ses classes au Conservatoire

Mais revenons à notre jeune metteur en scène, Julie Duclos. Elle est comédienne à ses heures, elle vient de tourner avec le réalisateur François Ozon « Grâce à Dieu », un film qui devrait sortir en février 2019, mais le théâtre (en particulier la mise en scène) semble beaucoup l’accaparer.

C’est au Conservatoire de Paris qu’elle fait ses premiers pas en mettant en scène ses camarades dans « Fragments d’un discours amoureux » d’après Roland Barthes. Elle fait se côtoyer les mots du philosophe avec ceux de Marivaux ou encore de la Nouvelle Vague, car elle ne cache pas sa passion pour le grand écran. Peu de temps après, elle monte « Masculin/Féminin », où comment expérimenter librement les frontières du jeu, entre réalité et fiction. Fidèle à ses acteurs, elle met en scène au Théâtre National de la Colline : « Nos serments », une libre adaptation du célèbre film de Jean Eustache : « La Maman et la putain ». Le spectacle va se promener en tournée pendant 2 ans, en particulier à Montréal au Festival TransAmérique…

La création de MayDay de Dorothée Zumstein au Théâtre de la Colline

L’année 2017 voit la création de MayDay, une pièce comme un voyage dans temps et/ou dans la mémoire de plusieurs générations de femmes. Une forme d’épopée jouée au Théâtre de la Colline, sur un texte de Dorothée Zumstein, auteur de théâtre et traductrice littéraire (passée par le Centre des Ecritures du Spectacle à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon), s’en suit une tournée aux quatre coins de France. Après avoir été artiste associée à la Colline aux côtés de Stéphane Braunsweig de 2015 à 2017, Julie Duclos est désormais auprès d’Arthur Nauzyciel au Théâtre National de Bretagne, où elle ne manque pas d’intervenir en tant que pédagogue auprès des élèves d’une très belle école.

Dans ce parcours assez conséquent pour un si jeune metteur en scène, on notera plus particulièrement sa participation à plusieurs stages comme « Le corps rêvant » ou encore « L’élan intérieur », stages dirigés dans le cadre des Chantiers Nomades par le metteur en scène polonais Krystian Lupa, dont on connait l’infini talent…

Pelléas et Mélisande, le rêve de Maeterlinck

Julie Duclos vient étoffer la 73ème édition du Festival d’Avignon avec une version non opératique de « Pelléas et Mélisande »… C’est assez rare pour être souligné, je ne sais pas vous, mais pour moi ce titre évoque les belles notes du compositeur Claude Debussy, dont le livret est signé de la plume du poète belge Maurice Maeterlinck… Sauf que, le fameux livret, est lui-même tiré d’une pièce signée du même auteur. Je récapitule, Maurice écrit une pièce de théâtre, Claude y voit un drame lyrique, il se met à composer et demande à Maurice d’adapter « Pelléas et Mélisande » en livret d’opéra, le tour est joué… quoique… Maeterlinck et Debussy iront jusqu’au procès et jusqu’à envisager un affrontement via duel… car le désaccord est véritablement profond entre les deux créateurs : Maurice Maeterlinck souhaite que le rôle principal soit confié à son épouse tandis que Claude Debussy imagine parfaitement la jeune écossaise Mary Garden : « Je ne puis concevoir un timbre plus doucement insinuant ». Maeterlinck reconnaitra plus tard que Debussy a fait du bel ouvrage… En attendant, qui de nos jours, se souvient de la pièce, tandis que l’opéra se joue régulièrement sur les scènes lyriques du monde entier ?

Eh bien Julie Duclos s’en souvient ! A tel point que c’est une scène de « Pelléas et Mélisande » qui lui vaut d’intégrer le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique… comme un conte de fées, n’est-il pas ? Il ne reste plus qu’à concrétiser la chose… mais laissons la parole à Julie Duclos pour nous raconter la belle histoire : « Toute l’écriture de Maeterlinck a une très grande force poétique, c’est ce qui m’a attirée en premier lieu. Elle est très simple l’histoire de Pelléas et Mélisande, on pourrait parler de trio amoureux : Golaud rencontre Mélisande dans la forêt, elle est en exil, il croise cette jeune fille qui pleure dans la forêt, il va la ramener dans le château de son grand-père, le roi Arkel et Mélisande va tomber amoureuse de Pelléas qui est le petit frère de Golaud et réciproquement. Donc ça parle d’un amour interdit, mais on pourrait dire dénué d’enjeux bourgeois. Ca parle d’un amour tragique, c’est toute la force de l’écriture de Maeterlinck qui est en suspension permanente, c’est ce qui fait vraiment sa spécificité, et sa force. C’est une écriture qui fonctionne en écho, comme pour laisser la place au non-dit et au paysages intérieur des personnages… ».

De la vidéo, du son, de la lumière… Julie Duclos s’emparera de tous ses talents pour rêver, au-delà de l’illustration, pour livrer une version théâtrale particulièrement cinématographique…

Je ne vous cacherai pas que j’ai vraiment hâte de découvrir cette version théâtrale que je ne connais pas… je me demande si les notes de Debussy seront présentes dans ma tête au jour de la représentation ou si elles s’évanouiront ? Comment Julie Duclos va-t-elle interroger le mystique, le métaphorique, une dimension très forte chez Maeterlinck ? Autant de questions qui trouveront résolutions à l’été… comment vous dire… vivement juillet !


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En attendant le Festival d’Avignon… Épisode 1

Ou comment se révèle la programmation de la prochaine édition : le cru 2019
J’en rêve, vous en rêvez… ou pas… soyez sereins, vous en avez le droit… êtes-vous impatients comme moi… ou si peu… ou tout simplement pas ?

Eh bien oui, je l’avoue, à chaque année son mystère, à chaque édition son attente, son improbabilité, son envie rêvée ou désespérée… n’oublions pas les suppositions, les conjonctions, les coordinations… oublions de hausser le ton, et sans le varier, laissons le rêve se dessiner et la magie opérer.
Avant que d’invoquer quelques dieux oubliés, incas, mayas… que sais-je encore et qui sait, en cherchant bien, d’autres dieux venant d’autres contrées, on peut tout simplement se fier à de petits indices… les premiers étant les rendez-vous mensuels que la direction du Festival d’Avignon propose au public à la FabricA.

Depuis le mois d’octobre, « L’Odyssée », version 2019, thème choisi et annoncé par Olivier Py lors du bilan de l’été dernier, se dévoile tout doucement en régulières rencontres, et le public en est friand…

Pascal Rambert

En octobre, le bal s’est ouvert sur un artiste qui a su charmer plusieurs directions du Festival d’Avignon, l’auteur et metteur en scène, et parfois réalisateur, et même chorégraphe, Pascal Rambert.

Invité par Alain Crombecque en 1989, il n’a que 27 ans quand il propose, lors de la 43ème édition du Festival : « Les Parisiens ou l’Eté de la mémoire des abeilles », une pièce qu’il reprend dans la foulée au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, avec au cœur de sa distribution, un certain Olivier Py !

En l’an 2000 c’est au tour de Bernard Faivre d’Arcier de l’accueillir avec « L’Epopée de Gilgamesh » de Sin-Lege-Unninni. 2005 sonne le glas avec le scandale d’«After Before », pièce pour vingt et un acteurs et un chien au Gymnase Aubanel… René Solis pour le journal Libération titre : « After/Before, scénario catastrophe, crash public », en bref une création très attendue qui ne séduit pas le public, loin de là. Les spectateurs, après s’être arrachés les billets sur le parvis, laissent déborder leur colère, et offrent à Pascal Rambert une véritable bronca.

« Clôture de l’Amour », un succès mondial

En 2011, Pascal Rambert revient à l’invitation d’Hortense Archambault et Vincent Baudriller, et c’est un succès éclatant ! Les éditions se suivent mais ne se ressemblent pas. L’artiste présente au Festival un long poème d’amour adressé à la cité, intitulé « Avignon à vie », et c’est le sociétaire de la Comédie Française, Denis Podalydès, qui le porte dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Et puis, et surtout, il y a son chef d’œuvre absolu : « Clôture de l’Amour », avec les comédiens Audrey Bonnet et Stanislas Nordey… Le spectacle s’exporte aux quatre coins du monde, se traduit en mille et une langues, se joue en autant de dialectes, un succès au long cours qui se donne encore et toujours.

« Architecture »… Jacques Weber, Emmanuelle Béart, Denis Podalydès… un casting de rêve…

Cet été, Pascal Rambert répond à l’invitation d’Olivier Py, l’actuel directeur du Festival, et propose : « Architecture », un « memento mori pour penser notre temps », une pièce écrite sur mesure pour distribution inespérée, en résumé… un casting de rêve…

Attardons-nous d’abord sur le sujet et laissons parler l’intéressé : « C’est l’histoire d’une grande famille, à la tête de laquelle est Jacques Weber. Ca débute à peu près au début du siècle, vers 1910, et ça va jusqu’à la première guerre mondiale, et ça continue ensuite jusqu’à l’Anchluss… Une famille face à l’histoire. C’est une famille assez brillante, un peu à l’image des acteurs pour lesquels j’ai écrit (…). C’est une pièce qui parle à la fois de l’enfer de la famille, mais aussi de l’enfer de la famille européenne, ou de ce qu’elle a pu imaginer être, et qui a un moment donné s’est effondrée sur elle-même. Ce sont des choses qui sont assez proches de ce que l’on ressent, au niveau de l’intuition, mais aussi au niveau du quotidien que l’on créé, de ce que l’on vit ensemble… »

Au sein de cette famille, incarnée par d’exceptionnels acteurs : Jacques Weber, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès, Pascal Rénéric, Laurent Poitrenaux et de merveilleuses actrices : Marina Hands, Audrey Bonnet, Emmanuelle Béart, Marie-Sophie Ferdane… oui, tous les talents sont bien présents. Ils ou elles peuvent être compositeur, architecte, philosophe, écrivain scientifique, acteur, peintre… Tous pensent que l’on peut consacrer sa vie à la pensée et à la beauté, et surtout que cela fait encore sens. Et Pascal Rambert de s’interroger : « Si eux, les plus talentueux des talentueux, n’ont pu empêcher le sang, comment feront-nous si le sang se présente à nouveau ? ».

Je le dis sans ambages, j’attends de pied ferme cette création qui se jouera a priori en début de Festival. La distribution est splendide, le grand public devrait s’y retrouver, tout comme les férus de théâtre. Je sens que les billets vont s’arracher dès l’ouverture, il va falloir jouer des coudes pour « en être » et/ou en découdre… La bonne nouvelle c’est que la pièce se donne à la FabricA, une salle à l’extérieur des remparts qui permet d’accueillir 600 personnes… Après, tout dépendra, bien sûr, du nombre de dates… mais on y croit !


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