Richard Avedon en version française

lartigue-avedonJusqu’au 22 février 2017, la Bibliothèque nationale de France (site François-Mitterrand) présente l’exposition, la France d’Avedon, Vieux monde, New Look, dans laquelle elle montre comment la France a inspiré et construit l’oeuvre du photographe new-yorkais.

C’est toujours un plaisir d’entrer dans une exposition consacrée à Richard Avedon car on sait que le dynamisme de ses photos – qu’elles soient légères ou plus sérieuses, va nous porter. A travers ses images, on ressent tout l’enthousiasme de cette jeunesse américaine, qui a vingt ans à la fin de la seconde guerre mondiale, a envie de rattraper ces années gâchées et si possible de changer le monde. Pour sa part, Avedon va largement renouveler la photographie de mode. Photographe renommé, Avedon inspire dès 1956 – il a trente deux ans – le personnage de Fred Astaire dans Funny Face. Il devient même consultant visuel sur le tournage.

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C’est ici que débute l’exposition de la BNF. Connu pour ses noirs et blancs, Avedon est ici en couleurs. Il accompagne la caméra de Stanley Donen et fixe Audrey Hepburn dans les scènes phares du film – au Carrousel du Louvre, à l’Opéra, au Louvre… Si les grands tirages présentés manquent véritablement de netteté, il est amusant de voir, avec des boucles du film, à quel moment le photographe choisit de fixer l’image. Dans cette première partie de l’exposition, l’attachement d’Avedon à la France se traduit davantage par des images d’un Paris cliché mais non sans panache – voir le très drôle roman-photo Paris Pursuit réalisé avec Audrey Hepburn, Mel ferrer et Buster Keaton, 1959.

Le lien avec la France se renforce notamment à travers la réalisation de portraits de nombreuses personnalités françaises – Jean Cocteau, Picasso, Montand et Signoret, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau… mais aussi de pochettes de disques comme celle de Chagrin d’amour. Et puis, il découvre Jacques-Henri Lartigue avec lequel il crée une filiation photographique. Il édite Diary of a Century, livre qui fait (re)connaître Lartigue dans le monde entier.

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Dès les années 80, il collabore à la revue Egoïste dont il réalise plusieurs couvertures et reportages – Depardieu en Rodin, Uma Thurman, Soeur Emmanuelle. Une collaboration fructueuse qui donne une identité visuelle singulière au magazine et inscrit définitivement Avedon dans la culture française.

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-Richard Avedon, New York, 1966, Jacques-Henri Lartigue, Richard Avedon © Ministère de la Culture – France / AAJHL
-Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Buster Keaton dans Paris Pursuit pour Harper’s Bazaar, Paris, 1959, Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation
-Catherine Deneuve, Los Angeles, 1968, Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation
-Chagrin d’amour, Pochette de Bonjour (V’là des nouvelles), Paris (Barclay), 1982
-Uma Thurman, Egoïste n°13, édité à Paris, 1996

La France d’Avedon, Vieux monde, New Look, Bibliothèque nationale de France (site François-Mitterrand) jusqu’au 22 février 2017

L’esprit du Bauhaus souffle aux Arts déco

510_bauhaus-metro-100x150_copieDepuis le 19 octobre et jusqu’au 26 février 2017, l’esprit du Bauhaus souffle au musée des Arts décoratifs.

Avec plus de 900 pièces exposées, « l’esprit du Bauhaus » raconte l’histoire d’une école qui, au début du XXe siècle, a développé un point de vue inédit sur les différents arts. Pour les fondateurs, l’équation à résoudre était : les artistes doivent se forger un esprit d’artisan tout en intégrant la force de frappe industrielle dans le but de repenser les modes de vie de société en transformation.

Difficile d’être très objectif quand une proche amie a activement participé à la réalisation de cette exposition. Mais maintenant c’est dit.

Dès les premières salles, le ton est donné. Les pièces présentées sont résolument tournées vers la modernité. Des débuts prometteurs avec les Arts and Crafts britanniques et l’Atelier viennois qui sont une source d’inspiration pour le Bauhaus. Avec Henry Van de Velde, Koloman Moser, Peter Berhens, les lignes se simplifient, les objets, chaises, tables, luminaires vivent une révolution stylistique.
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En 1919, l’institut des arts décoratifs et industriels devient le Bauhaus sous l’impulsion du nouveau directeur Walter Gropius. Pendant près de 15 ans, l’école va réunir enseignants -Wassily Kandinsky, Paul Klee, László Moholy-Nagy, Ludwig Mies van der Rohe, Marcel Breuer, et étudiants, autour d’enseignements novateurs et de réalisations avant-gardistes au beau milieu d’une Europe heurtée et en convalescence.

L’exposition présente ainsi des travaux réalisés dans les différents ateliers de l’école : textile, céramique, graphisme, photographie, métal, menuiserie… Découvrir autant de pièces du Bauhaus en un seul lieu à Paris est rare – la dernière exposition parisienne sur le Bauhaus remonte à 1969. La scénographie permet aussi de passer d’un atelier à un autre sans réelle séparation, tel que le Bauhaus pensait les pratiques artistiques.

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Si l’arrivée des nazis au pouvoir entraîne la fermeture de cette école qui avait déjà dû déménager de Weimar à Dessau puis à Berlin, elle ne marque, en aucun cas, la fin de l’esprit du Bauhaus. La force de cette école et du style qui en découle est d’avoir perduré, évolué, s’être transformée et de vivre encore aujourd’hui dans de nombreux objets, mobiliers, architectures qui nous entourent. Et l’exposition du musée des Arts déco d’incarner cet esprit.

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1-Gunta Stölzl, 5 Chöre, tapisserie jacquard, 1928
2-Balcons de la Prellerhaus en contre-plongée (Dessau)
3-Chaise par Mies von der Rohe, 1927

François Kollar : photographe à la chaîne

C’est un ouvrier François Kollar. Tourneur sur métaux chez Renault en arrivant de Hongrie en 1924, il est chef de studio chez l’imprimeur Draeger, quelques années plus tard. Et c’est un travailleur de l’image. Après Draeger, réputé pour la qualité de ses impressions publicitaires, Kollar ouvre son propre studio.

KollarHermesLa petite mais première rétrospective que présente le Jeu de Paume souligne cette force de travail de Kollar. Artistiquement, celui-ci a intégré tout le lexique de la Nouvelle vision : obliques, plongée et contre-plongée, sujet décentré… Il multiplie les collaborations avec des journaux, des agences de publicités et des marques de luxe. Avec notamment cette publicité pour machine à écrire Hermès, 1930, où le cadrage serré et en oblique révèle le produit en toute simplicité. Une plume posée sur une touche vante sans doute la facilité d’utilisation de la machine tout en intégrant un motif inattendu dans l’image.

pêche kollarLa partie centrale de l’exposition fait une large place à La France travaille, série de fascicules présentant les grands domaines d’activité français. Les photographies de Kollar, réalisées en nombre, illustrent ces cahiers. Agriculture, pêche, mine, sidérurgie, aviation, artisanat, construction nautique, ferroviaire, imprimerie… Kollar réalise une documentation en images de la France des années 1930 en pleine mutation. L’agriculture et la pêche ne se transforment pas encore beaucoup dans leur pratique. Cette femme de pêcheur sardinier breton ramendant les filets bleus (Audierne, Finistère, 1931) pourrait être un portrait de Vermeer. Le trou du filet créé une rupture dans l’image qui apporte de la modernité et une certaine poésie.

Archives François Kollar. La France travaille. Empilage des tôles géantes, LongwyL’industrie est, quant à elle, en plein boum. L’homme face à la machine est d’une photogénie sans limite. Si Kollar réalise de nombreux clichés de ces usines gigantesques et impressionnantes, il met les ouvriers au coeur de sa pratique, les montrant en train de travailler. Et aussi parfois, dans un moment d’arrêt où un rayon de soleil amène de la douceur, une envie de sourire comme sur cette photographie d’empilage des tôles géantes, Mont-Saint-Martin, Société des aciéries de Longwy, 1931-1934. Pour Kollar, ce travail documentaire se poursuit dans les années 1950 en Afrique. Pour l’Etat français, il photographie les constructions d’infrastructures au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire, au Mali et au Sénégal.

Nouvelle vision, travail documentaire, François Kollar, à travers ses différentes pratiques et sa sensibilité, inscrit également son médium, l’appareil photographique, dans la modernité où l’image prend une place prépondérante.

Illustrations :
Publicité pour machine à écrire Hermès, 1930, tirage d‘époque, 30,1 x 23,7 cm, donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont.
-Femme de pêcheur sardinier breton ramendant les filets bleus. Audierne (Finistère). 1931. Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet
-Empilage des tôles géantes. Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle 54). Société des Aciéries de Longwy. 1931-1934. Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet

François Kollar, un ouvrier du regard, Jeu de Paume, 9 février au 22 mai 2016.

Egypte : Osiris redécouvert

Osiris en bronze et barque votive en plombL’archéologie est souvent synonyme de recherches longues et peu lisibles pour le grand public. L’exposition Osiris, mystères engloutis d’Egypte (Institut du monde arabe) vient contredire cette croyance. A l’affiche : la découverte de deux cités recouvertes par les eaux depuis 1 500 ans, des pièces en nombre – ici près de 300 exposées – et diversifiées – statues, objets de culte, écritures – rappelant que l’archéologie peut être une véritable chasse aux trésors.

L’exposition donne plusieurs impressions. Le décor vert profond et bleu nous plonge dans la Méditerranée et les fouilles sous-marines menées par Franck Goddio et son équipe. Un film illustre d’ailleurs comment on pratique des recherches sous l’eau. Le visiteur est aussi invité à suivre « les mystères d’Osiris », une cérémonie majeure autour de la divinité à travers des objets de culte nombreux. Enfin, cette exposition met en avant l’époque ptolémaïque où Egyptiens et Grecs partagent des territoires, des dieux, des représentations. Si cela ne suffisait pas, des pièces inédites des musées du Caire et d’Alexandrie viennent compléter, avec panache, cette exposition solennelle et gracieuse. Un conseil tout de même : révisez votre mythologie égyptienne.

Osiris, mystères engloutis d’Egypte
Institut du monde arabe
Du 8 septembre 2015 au 31 janvier 2016

Photos :
Statuette d’Osiris en bronze et barque votive en plomb posées sur les fonds sous-marins de la baie d’Aboukir. Thonis-Héracléion, Egypte, VIe-IIe av JC. Photo : Christoph Gerigk © Franck Goddio/Hilti Foundation
Lampe à huile, Thônis-Héracléion, baie d’Aboukir. DR © Franck Goddio/Hilti Foundation
Dieu du Nil, greywacke, IIe ap JC, Canope. DR © Franck Goddio/Hilti Foundation

Lampe à huileDieu du Nil

BILLET : Brassaï et « In France, They Kiss on Main Street »

brassai« In France, They Kiss on Main Street » (1975), ce titre de Joni Mitchell ne saurait contredire les photographies de Brassaï exposées à l’Hôtel de Ville de Paris jusqu’au 8 mars 2013. Choisi pour illustrer l’affiche de l’exposition, Couple d’amoureux dans un bistrot, rue Saint-Denis, vers 1932 évoque ce Paris où l’on se bécote sur les banquettes de café, aux coins des rues, sous les ponts.

Même si ce ne sont pas mes photographies préférées de Brassaï – les pavés parisiens ruisselant et les lumières du Pont-Neuf me ravissent -, je me suis toujours demandée comment les photographes parvenaient à capter ses moments intimes même s’ils avaient lieu en public. Imaginez Brassaï attendre le baiser de ces deux-là alors que je dévie bêtement mon regard quand je surprends un couple s’embrassant dans la rue. Bon j’ai bien compris que généralement, le photographe tourne autour du pot, garde un oeil averti sur le sujet de son choix ou pas, peut même discuter, boire un verre avec les intéressants.

Et bing, le moment arrive. Monsieur a gardé sa casquette vissée sur la tête, sa chemise boutonnée jusqu’au col pourrait presque gênée son étreinte. Madame rosit de la pommette – le vin y est peut-être pour quelque chose. Les deux tiennent leur cigarette à s’en brûler les doigts. Ils s’embrassent.

Grâce à Brassaï, ils sont sur la pellicule et plus de 40 ans après, Joni Mitchell peut chanter haut et fort que les Français s’embrassent même en pleine rue. Et nous les regarder aujourd’hui.

Brassaï à l’Hôtel de Ville

Ed van der Elsken : Roman-photo à Saint-Germain

love ont the left bank 1Jusqu’au 31 octobre 2013, plusieurs tirages photographiques du livre Love on the Left Bank du Néerlandais Ed van der Elsken sont exposés à la galerie de l’agence VU’. C’est une histoire de jeunes des années 1950…

Ils sont jeunes. Ils passent leurs journées et surtout leurs nuits dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Ils déambulent décoiffés dans les rues et sans doute bizarrement fagotés aux yeux des passants. Elles fument. Elles soulignent leurs yeux d’un khôl noir de jais.
On est dans les années 1950 et nos yeux de visiteurs cherchent des preuves –les voitures, la décoration des chambres d’hôtel – tant les attitudes de cette jeunesse à la fois fougueuse et dégingandée pourraient s’observer aujourd’hui.
Le photographe néerlandais Ed van der Elsken, pas beaucoup plus âgé que ces modèles à l’époque, a réussi à capter avec grâce ce moment de flottement qui peut exister entre l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Appréciée par Patti Smith, la série révèle aussi la fin d’une époque morne d’après-guerre et évoque le frémissement des années 1960. Cette jeunesse en sera la tête d’affiche à coup sûr.
Pour aller même encore plus loin, Ed van der Elsken a tissé une histoire, un roman-photo et mis en scène la vie de cette bande de potes. L’ « actrice » principale s’appelle Vali Myers, est australienne et crève l’écran…, l’objectif ! N’hésitez pas à feuilleter ou (acheter) le livre réédité depuis.
En 2012, l’Institut néerlandais de Paris avaient présenté quelques tirages de ce travail et d’autres images de van der Elsken dont celle de Brigitte Bardot, la blonde en justaucorps. Ici, l’exposition est plus conséquente et donc donne tout son sens à cette série d’images qui, d’une certaine façon, fixe la façon dont la jeunesse occidentale et parfois errante est montrée depuis. On pense à Brooklyn Gang de Bruce Davidson et à Tulsa de Larry Clark. Quand la jeunesse fait son cinéma, l’oeil regarde systématiquement.

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Galerie VU’
Hôtel Paul Delaroche – 58 rue Saint-Lazare – 75009 Paris – 01 53 01 85 85
Du lundi au samedi de 14h à 19h ou sur RDV.

Photos DR

Félix Vallotton : les sentiments décomposés

valloton_affiche40x60-12-07_0Cet automne, le Grand Palais ouvre ses galeries à deux peintres bien singuliers. D’un côté, Georges Braque indissociable du cubisme et de l’autre Félix Vallotton qui, même proche des nabis, révèle une œuvre assez inclassable. Jusqu’au 20 janvier 2014, le peintre d’origine suisse aux 1700 toiles se découvre sous toutes ses peintures des plus colorées aux plus sombres.

L’œuvre de Vallotton est parfois difficile à cerner. Des saynètes d’intérieur bourgeois aux grands nus colorés en passant par des paysages pour la plupart silencieux, Félix Vallotton impose un style ou plutôt des styles qui peuvent dérouter. Il est comme cela Vallotton. Dès l’entrée de l’exposition, c’est un autoportrait qui nous accueille et déjà un doute. Cette moustache duveteuse est-elle la marque d’un jeune homme de 17 ans (comme écrit sur le cadre du tableau) ou de 20 ans (comme l’indique le cartel) ? Tout au long de l’exposition, les peintures mises côte à côte, l’aspect thématique ayant prévalu sur la chronologie, laisse voir des œuvres variées, aux styles multiples, aux couleurs sourdes ou très vives. Entre Femme au perroquet (1909), évocation de l’Olympia de Manet et Les Quatre torses (1916) aux chairs glacées, le peintre sème son spectateur, le pousse dans des interrogations stylistiques tout en offrant un dessin assuré, des couleurs solides.
Impassible Vallotton ? Pas vraiment. Les lieux d’exposition ont opté pour des gris neutres mais on sent monter la tension. Les peintures de scènes d’intérieurs ou d’intimité donnent presque envie de balancer la vaisselle. L’harmonie apparente de Cinq Heures (1898), les crânes luisants de Chaste Suzanne (1922), le vide inquiétant dans Le Haut-de-forme, intérieur (1887) révèlent le talent de l’artiste. Les compositions pallient des sentiments parfois décomposés.
La technique et l’oeil acéré
Et puis arrive une première salve de xylographies, technique de gravure sur bois très prisée par Vallotton. Là encore, elles illustrent l’intimité, le quotidien, les relations humaines ou encore les instruments de musique. Du noir de jais ressortent les figures et les expressions avec d’autant plus de contraste. Elles se regardent attentivement, en face à face, les visiteurs n’en zappant pas une seule. Technique et œil acéré de Vallotton subliment ces xylographies.
Le peintre se mue aussi en photographe. Dans ces peintures, les cadrages innovent, montrent la vie quotidienne et les paysages autrement comme dans La Cathédrale de Petropavlosk (1913) ou Les Laveuses à Etretat (1899) où le point de vue devient presque aérien.
Le second étage de l’exposition accentue le côté déroutant du peintre mais on commence un peu à s’y perdre même si quelques toiles accrochent le regard et interrogent comme La Blanche et la noire (1913). Le commissaire d’exposition tente de nous rattraper – joli parallèle entre une étude de jambon et une paire de fesses grassouillettes. Les grands nus inspirés de la mythologie même vus au deuxième degré n’ont plus la pertinence ténue du peintre. C’est la guerre, une série de xylographies sur la Première Guerre mondiale boucle le parcours dans une délicatesse toute meurtrière. Du Vallotton tout cru.

Félix Vallotton, le feu sous la glace, Grand Palais, jusqu’au 20 janvier 2014

Jacquemart-André : La peinture anglaise de la fin du XIXe siècle s’effleure

héliogabalerosesLe musée Jacquemart-André présente, jusqu’au 20 janvier 2014, « Désirs & Volupté à l’époque victorienne ». L’exposition piochant dans la collection du Mexicain, Juan Antonio Pérez Simon, se concentre sur les peintres britanniques de la fin du XIXe siècle.

Des femmes nues, un tableau en passe de devenir un classique de carte postale (Les Roses d’Héliogabale), des peintres en quête de légèreté dans une période sérieuse, l’exposition « Désirs & Voluptés à l’époque victorienne » a de nombreux atouts pour rencontrer un fort succès. L’espace d’exposition toujours un peu étroit du musée se transforme en boudoir anglais. Au sol alternent des moquettes aux motifs léopard et de fleurs. Aux murs, des rideaux en trompe l’œil, du vert sourd un peu sombre et des revêtements façon marbre animent la dizaine de salles pensées par le designer Hubert Le Gall, scénographe de plusieurs expositions en 2013 comme Masculin/Masculin (musée d’Orsay) et Les Etrusques (musée Maillol).
Dans la première salle, Les Roses d’Héliogabale (1888) crée la surprise. Réalisé par Alma-Tadema, le tableau autant par son sujet (des sujets de l’empereur romain suffoquant dans des pétales de roses lors d’un banquet), sa composition (un premier plan spectaculaire) et son traitement (finesse et couleurs) interrogent. Comment de telles peintures ne sont-elles pas passées à la postérité plus rapidement.
Décoratif
Les salles suivantes relativisent ce premier étonnement. Car si ces peintres anglais (Lawrence Alma-Tadema, Frédéric Leighton, Albert J. Moore) font preuve d’une grande dextérité (ils sont presque tous membres de la Royal Academy), leur peinture verse avec un grand intérêt visuel dans un art plutôt décoratif. Leur force, comme le rappellent les cartels, réside dans cette nécessité d’apporter une certaine volupté, une touche de chair dans une période victorienne synonyme de révolution industrielle.
Ils font de l’Antiquité une période de lumière (Le Quatuor, hommage du peintre à l’art de la musique, Albert J. Moore 1868) et du Moyen-Âge, un temps de mélancolie et de réflexion (Le Temps jadis, John M. Strudwick, vers 1908). La femme, tour à tour, muse, héroïne, et très souvent nue, est le fil conducteur de ces peintres qui ont mis en elles toute la beauté du monde. Après les Préraphaëlites (des toiles de Burne-Jones sont présentes) qui prônaient un symbolisme appliqué et avant l’Art nouveau affichant le slogan l’art pour tous, l’exposition fait le trait d’union en une cinquantaine de tableaux.
A votre tour de redécouvrir ces peintres populaires en leur temps et de participer à la renaissance de cette peinture anglaise mise aussi en avant par le musée d’Orsay en 2010. Exquis and so British.

Sir Lawrence Alma-Tadema, Les Roses d’Héliogabale (détail), 1888, Collection Pérez Simon DR.

Roy Lichtenstein popularise l’art

Roy lichtenstein pompidouJusqu’au 4 novembre 2013, les toiles de Roy Lichtenstein (1923-1997) colorisent le dernier étage du Centre Pompidou. Une rétrospective pour mieux connaître cette figure du Pop Art et partager une réflexion en couleurs primaires sur l’histoire de l’art.

Plus d’un mois que j’ai visité la rétrospective Roy Lichtenstein et toujours pas d’inspiration pour écrire quelque chose dessus. Pourtant j’aime bien Roy. Un poster d’une de ses œuvres était même accroché dans ma salle de bain. Depuis, j’ai déménagé et le poster s’est égaré sans véritable regret de ma part. Et c’est peut-être ce même sentiment de plaisir temporaire que j’ai rencontré à l’exposition. Une fois vue, l’œuvre s’accroche dans votre mémoire visuelle sans laisser de véritable trace dans la case émotion de votre cerveau. N’était-ce pas ce que souhaitait Roy Lichtenstein à l’instar de ses collègues du Pop Art ? « Ce qui intéresse le Pop Art, à mon avis, ce sont les caractéristiques les plus cyniques et les plus menaçantes de notre culture, ces choses que nous détestons, mais qui ont aussi la force de s’imposer à nous. » Emotions à deux larmes, violence avec armes de poing et explosion (Whaam !, 1963), sensualité glacée de pin-ups (Drowning Girl, 1963), il a transformé les images du quotidien et les a érigées en œuvre colorée mémorable. En reprenant à son compte les techniques commerciales (graphisme simplifié et couleurs clinquantes), l’artiste crée (recrée) des images reflets d’une époque et d’une société. Soit. Ce n’est pas si aisé quand on essaie de transposer cette démarche aujourd’hui – quelle image choisiriez-vous ? Soit.
Couleurs primaires de l’art
Mais ensuite que faire ? Que dire d’aussi fort et avec autant de véhémence ? La rétrospective permet de comprendre le parcours de Lichtenstein. L’artiste n’a pas quitté sa technique et notamment le point Benday. En ancien professeur – il a enseigné dans plusieurs universités avant d’être connu-, il a interrogé à sa manière l’histoire de l’art. Les œuvres de Picasso, Monet, Mondrian se mettent au Pop et les Coups de pinceau (1965) se muent en symbole post-moderne. En technicien, il a aussi abordé d’autre support et adapté son style à la sculpture, Goldfish Bowl (1978) en bronze peint, pour donner de la forme là où l’on ne voit que de la couleur. Après une série sur les ateliers qui interroge encore la place de l’art, sa vulgarisation, sa valeur, Lichtenstein change de tons. Semblant délavés, ceux-ci marquent les œuvres de la fin de l’exposition, comme un sas de décompression pour l’œil, Nudes with Beach Ball (1994), comme si le questionnement de Lichtenstein s’amenuisait au fur et à mesure. Du Pop Art au zen avec Landscape with Philosopher (1996) ?

Photo : Goldfish Bowl II, 1978, bronze peint et patiné © Collection particulière DR

Le site du Centre Pompidou

« Little Black Dress » : la petite robe devenue grande

lbdJusqu’au 22 septembre 2013, avec une cinquantaine de robes noires, le Mona Bismarck American Center fait la démonstration de la grandeur de la « Little Black Dress ».

Si pour vous, la petite robe noire est ce vêtement à la fois simple, élégant et intemporel à porter au quotidien, l’exposition du centre Mona Bismarck va terriblement changer votre perception à coup de dentelle, de satin, de soie, de broderies, de tulle et parfois même de néoprène. Aux commandes de ce défilé immobile, le médiatique journaliste de mode André Léon Talley – éditeur à Vogue, il accompagnait Anna Wintour à tous les défilés – a décidé de nous en mettre plein les yeux. Ainsi, seule la robe Chanel haute couture par Karl Lagerfeld pour l’automne/hiver 2006 évoque ce vêtement présent dans toutes les penderies féminines. Ici en laine, elle se porte légèrement au dessus du genou et ses lignes suivent en douceur la silhouette.
Démonstration en noir
Sous verre comme un modèle de référence, elle introduit le reste de l’exposition où l’interprétation prend place à travers des pièces de créateurs actuels. En cuir avec un modèle de Prabal Gurung (2011), avec des découpes au laser chez Calvin Klein (2012), porte-feuille chez Diane von Fustenberg (2007), les robes peuvent être observées longuement donnant ainsi corps à des créations juste aperçues dans les défilés ou les magazines. Si le cheminement ne traduit pas une évolution de cette robe noire mais plutôt une démonstration autour de cette pièce, la présence de modèles plus anciens amènent, avec bonheur, des repères dans le temps : la robe du soir de Madame Grès (1977) et la robe « Delphos » de Fortuny (1907) questionnent les réalisations des plus jeunes.
La dernière salle prend des airs de galas. Les petites robes noires d’Edith Piaf et de Coco Chanel s’effacent au profit de modèles grandioses et mousseux. Avec la robe de style d’Oscar de la Renta (hiver 2012) en tulle et taffetas de soie, on aurait pu oublier le collier de perles. Les trois modèles de Ralph Lauren (2011) sont idéaux pour une soirée chez Gatsby le Magnifique.
En passant l’Atlantique, la petite robe noire devenue Little Black Dress (LBD) a intégré le glamour et le luxe. L’exposition semblable à une série photo d’un numéro de Vogue démontre ce phénomène qui n’aurait pas déplu à l’héroïne de « Breakfast at Tiffany’s ». A voir avec légèreté.

Site du Mona Bismarck American Center
Exposition organisée par Savannah College of Art and Design Museum of Art (SCAD)