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HelderdaRochaParis_Champs-ÉlyséesMon programme pour les Champs-Elysées

En ce jour de premier tour des élections municipales, je me lance sans doute tardivement. Je me présente officiellement comme maire des Champs-Elysées. En ma qualité de femme (comme les deux principales candidatures à la course à Paris), je pars avec de sérieux arguments (les avantages d’être une femme restant encore à démontrer) pour conquérir la plus belle avenue du monde de la plus belle ville du monde. Et puisque ce mandat n’existe pas, vous ne risquez rien à me soutenir.

Comme tous les candidats de France, je souhaite être choisie uniquement pour mon programme. Si mes propositions ont été réfléchies et élaborées sur le terrain, sachez que comme la plupart de mes collègues, la grande majorité de mes brillantes idées n’ont aucun financement viable. Même pas un début d’estimation comptable.

Le bilan est bref : Les Champs-Elysées ne servent à rien. Si les touristes en font un passage obligé de leur périple, les Parisiens les voient juste comme une artère qui ne distribue plus grand-chose et n’a rien de vitale dans l’activité parisienne. On y vient encore pour travailler (plutôt dans les rues adjacentes), se faire une toile dans la grande salle de l’UGC Marigny et une fois par an pour reluquer les illuminations de Noël qui « ne sont vraiment pas terribles encore cette année. Normal, ceux sont les mêmes que l’année dernière. »

Mon premier engagement est de rouvrir le magnifique espace qui accueillait feu le Virgin. Je proposerai ainsi que le Monoprix qui se trouve à l’ombre de ce majestueux édifice depuis des années, y prenne enfin ses quartiers. L’alimentation y sera à l’honneur mais également l’habillement pour enfants. Ce rayon dédié fait le bonheur des parents parisiens en quête d’un pantalon en coton taille 3 ans à moins de 24 euros. L’enseigne pourra enfin accueillir les touristes chinois qui, aux dires de la caissière de l’actuel sous-sol -rayon souvenirs, arrivent par car entier pour acheter assortiments de chocolats et sacs imprimés de Tour Eiffel et de Sacré Coeur.

Question transport, je m’inscris dans la tendance actuelle de la fin de la voiture en proposant de supprimer définitivement les automobiles. Je mettrai donc en place un service de remonte-pente gratuit qui augure de la possibilité un jour d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver au coeur de l’Ile-de-France. Pour la descente, une piste de bobsleigh permettra, depuis l’Arc de triomphe, de rallier le Rond-Point des Champs en 10 secondes top chrono.

La culture n’est pas oubliée. Je prévois le retour des livres sur notre belle avenue. Sephora sera préempté. La disposition tout en longueur du magasin est en effet idéal pour accueillir une librairie qui sera admirée pour son record de rayonnage, le plus long de Paris. Une place de choix sera réservée au Parfum de Süskind dans la nouvelle librairie. Les nostalgiques de fragrances et autres onguents pourront se ravitailler chez le tout proche Guerlain tous les jours jusqu’ 3 heures du matin.

Voici donc des premières mesures d’un programme innovant qui, sans doute ne sera pas compris. En attendant que les Champs-Elysées aient un édile dédié, n’oubliez d’aller voter dans vos arrondissements qu’il pleuve ou qu’il vente.

Photo © Helder Da Rocha FlickR

BILLET : Erwin Blumenfeld dans le miroir

Blumenfeld self portraitSelon vous, j’aurais dû choisir une couverture de Vogue pour illustrer le travail du fameux photographe de mode Erwin Blumenfeld. Bah non, j’opte pour un autoportrait ! (En plus j’ai déjà publié un cliché de couverture).

Parce que la rétrospective du Jeu de Paume, jusqu’au 26 janvier 2014, est autant l’histoire d’un photographe de mode débordant d’idées que celle d’un jeune Berlinois décidé à écrire comme il peut son histoire d’homme.

Né juif dans une Allemagne bientôt hitlérienne, élevé dans une famille faisant de la confection (de parapluie) alors qu’il se voit comédien, le jeune homme sera, selon lui, le pire du pire : photographe.

Les autoportraits posent ainsi des jalons dans son histoire. Ici, on et en 1937, dans son atelier de Montparnasse et il vient de réaliser une première couverture pour un magazine français. Se mettant donc en scène, on aperçoit sa silhouette se reflétant dans le miroir. Au premier plan, ses obsessions se révèlent. Le portrait mi-dessiné mi-photographié, le buste en plâtre s’accorde, dans une construction Dada, avec une photographie de visage de femme, des images d’architecture et de tâpisserie font le décor.

Dans quelques années, il fuira à New York après avoir été interné dans un camp français. Avec sa famille et sa détermination, ses influences et un humour à toute épreuve, il publiera des photographies en couleurs vives dans Vogue, Harper’s Bazaar, Life…

D’autres autoportraits suivront pour faire une pause, un légère mise au point et repartir dans ces accumulations d’instants. Blumenfeld, c’est de l’attitude dans la vie !

Jeu de Paume

Erwin Blumenfeld, Autoportrait, 9 rue Delambre, Paris, 1937 © The Estate of Erwin Blumenfeld

BILLET : Les attitudes intérieures de Félix Vallotton

Déjà présentes lors de l’exposition consacrée à Misia au musée d’Orsay en 2012, les xylographies de Félix Vallotton sont actuellement présentées au Grand Palais dans le cadre de la rétrospective du peintre d’origine suisse.

Vallotton IntimitéDans Intimité, série de xylographies sur la vie quotidienne, Félix Vallotton grave les attitudes de l’intérieur. Tout d’abord parce que la plupart des images dépeignent des intérieurs bourgeois et douillets mais surtout car elles donnent à voir des corps plus au moins libérés de l’observation sociale, des gestes familiers, des grâces domestiques.

Et plus c’est noir, plus cela ressort.

Vallotton, Le feu sous la glace, 2 octobre 2013 – 20 janvier 2014, Grand Palais.

Epreuve justificative de la destruction des bois, 1897-1898.

BILLET : John Godward peint du cou

godward_beautéclassiqueLes semaines de la mode de septembre 2013 prennent fin. Des mannequins sur les catwalks, on aura vu des jambes interminables et souvent très fines, des moues affichées, des cheveux attachés… et les cous ? Vous en faites quoi des cous ? Et bien, il y a cette “Beauté classique” peinte par John Godward en 1908. Pas besoin d’artifice et d’accessoires, ce cou dévoilé, c’est sensé et sensuel. Vous pouvez le voir jusqu’au 20 janvier 2014 au musée Jacquemart-André dans le cadre de l’exposition “Désirs et Volupté à l’époque victorienne”.

John Godward, Beauté classique, 1908, collection Pérez Simon DR

L’Assemblée nationale : Le Palais du changement architectural

Dans une semaine, on connaîtra les noms des nouveaux résidents de l’Assemblée nationale. D’ici là, revenons sur l’histoire du Palais Bourbon qui abrite depuis 1791, le pouvoir législatif français.

La façade à colonnade, l’hémicycle, la salle des quatre colonnes, la bibliothèque décorée par Eugène Delacroix, la cour d’honneur, le Palais Bourbon se dévoile par morceaux aux yeux des citoyens via des photographies et des images télévisées. Difficile de s’imaginer l’Assemblée nationale dans son ensemble, les bâtiments la composant ont été détruits/construits au fil des siècles, ont été ajoutés et repensés au gré des besoins des parlementaires.

De l’édifice d’origine réalisé à la demande de la duchesse de Bourbon entre 1722 et 1728, il ne reste que quelques murs. Inspiré du Grand Trianon de Versailles, le bâtiment se veut être une résidence privée et jouxte l’Hôtel de Lassay de même facture.

Entre 1765 et 1789, le palais connaît de grandes transformations engagées par son propriétaire le Prince de Condé qui veut en faire un ensemble complet. Annexes, écuries, appartements pour le personnel, le Prince dépensera 25 millions de livres pour agrandir et imposer son palais dans le paysage parisien.

Vu du sud

Le 21 janvier 1798, le conseil des Cinq-Cents tient sa première séance dans le palais devenu bien de la Nation en 1791. Une salle des séances est alors rapidement édifiée, en deux ans. Elle sera complètement revue à partir de 1828. Sont conservés de cette époque la tribune de l’orateur et le bureau du président imaginés par le sculpteur Lemot.

En 1806, c’est la façade côté Seine qui connaît une totale transformation. La colonnade Poyet du nom de son architecte s’inspire de l’Antiquité. Elle s’inscrit surtout dans un alignement avec le pont de la Concorde et l’église de la Madeleine sur l’autre rive. Ainsi, cette façade est en léger décalage avec le bâtiment qu’elle introduit soit 17 degrés avec la salle des séances. Escalier, fronton et statues ajoutent à l’esprit antique.

En 1828, commence un énorme chantier qui doit adapter le palais à l’exercice parlementaire. Jules de Joly est à la commande. Hémicycle refait, création de salles d’apparat, surélévation de l’Hôtel de Lassay avec une salle des fêtes le reliant au palais Bourbon, bibliothèques dont celle peinte par Delacroix, l’Assemblée nationale telle que nous la connaissons aujourd’hui prend forme.

Au XXe siècle, le palais a peu bougé. Les combles ont été aménagés et un parking creusé. Le palais s’est surtout élargi hors les murs en occupant des immeubles dans le quartier. Pour le visiter, passage obligé par votre député qui est le seul à pouvoir vous y inviter. Encore une semaine à attendre.

Site officiel de l’Assemblée nationale :
http://www.assemblee-nationale.fr/infos/visiter.asp

Photographies et illustrations © Assemblée nationale (Laurent Lecat pour le plafond de la bibliothèque)

Raymond Depardon : Portraits non officiels

Raymond Depardon a réalisé la photographie officielle du président de la République François Hollande dévoilée lundi 4 juin 2012. Au cours de sa longue carrière qui commence en 1960, l’homme a imprimé sur sa pellicule presque tous les présidents de la Ve République. Seul manque Georges Pompidou.

En 1967, Raymond Depardon assiste à la conférence de presse donnée par le général de Gaulle à l’Elysée, le 27 novembre, sur le Proche-Orient. Il y réalise plusieurs portraits du président lors d’une allocution qui crispera les relations entre France et Israël.

Raymond Depardon / Magnum Photos

En 1974, Raymond Depardon suit Valéry Giscard d’Estaing lors de sa campagne présidentielle et réalise le documentaire « 1974, une partie de campagne ». Ici à Chamalières dans le Puy-de-Dôme.

Raymond Depardon / Magnum Photos

En 1988, Depardon se remet en campagne. François Mitterrand et Jacques Chirac passent devant son objectif. Le premier dans un avion accompagné par Lionel Jospin, le second alors Premier ministre entouré de quelques uns de ses ministres.

Raymond Depardon / Magnum Photos

 Raymond Depardon / Magnum Photos

En 2003, Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur. Depardon le photographie lors d’une visite à Nice et lors d’une rencontre avec Sœur Emmanuelle.

Raymond Depardon / Magnum Photos

En 2005, François Hollande se prête au jeu de l’objectif de Depardon dans son fief corrézien de Tulle.

Raymond Depardon / Magnum Photos

Guerre, politique, monde rural, Raymond Depardon photographie, depuis plus de 50 ans, l’actualité de cette planète. Son style documentaire qui recherche sincérité et simplicité ne peut que plaire à des hommes politiques mille fois vus, mille fois photographiés. Pour preuve, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont fait référence à ce photographe dans leur QG de campagne respectif. Le premier a exposé des photos et le second a mis sur la bibliothèque de son bureau un exemplaire de « La France de Raymond Depardon ».

Retrouvez les photos de Raymond Depardon sur : http://www.magnumphotos.com/
Photos : © Raymond Depardon / Magnum Photos

Ton compagnon gouverne, deviens journaliste culturelle

Archäologisches Institut der Universität GöttingenVotre situation personnelle et nationale change ? Vous ne pouvez plus exercer votre métier de journaliste politique ? Devenez alors journaliste culturel. Valérie Trierweiler, compagne du président de la République mais aussi Audrey Pulvar, en couple avec le ministre du Redressement productif sont les premières concernées. Les nouvelles responsabilités de leur jules respectif les obligent à un principe de précaution journalistique. Privées de politique, le premier réflexe consiste à aller voir du côté de la culture.
Irritation
On ne remettra pas ici en cause les capacités journalistiques de ces professionnelles. Tout journaliste doit savoir s’intéresser à un sujet, l’appréhender, et le partager avec le public. Passer de la politique à la culture ne semble donc pas un problème de compétence. C’est plutôt le côté systématique de cette reconversion qui irrite. Il semble que la culture apparaisse comme une issue de secours pour ces femmes qui souhaitent logiquement poursuivre leur carrière. Choisie par elles ou par les médias à leur place et validée par le grand public, cette spécialisation en deviendrait presque un lot de consolation, une parenthèse avant de retourner au cœur de la pratique journalistique. Les journalistes culturels doivent être ravis. La culture serait-elle à la politique ce qu’une première littéraire représente face à une première scientifique.
D’accord, le terme culture recouvrant une réalité vaste et variée, le choix de cette reconversion peut, sans doute, être un prétexte pour rassurer les gardiens de l’éthique journalistique. Cela donne tout de même la fâcheuse impression que l’on envoie ces femmes à leur tricot. Femmes de ministre ou de président, visitez des expositions et sortez au théâtre, messieurs les journalistes scrutent la vie de la cité.
Tonalité politique
Passé ce petit énervement féministe, revenons à la culture. Loin d’être anodine, celle-ci arbore aussi une tonalité politique. Pour être dans la caricature, le travail de Buren trouvera plus d’écho dans Libération et la défense du patrimoine français dans Le Figaro. Comment les choix éditoriaux de ces journalistes, si elles optent pour la culture, seront-ils perçus ? Commentés ? Critiqués ? Ce n’est donc pas leur spécialisation qui est en cause mais bien leur travail de journaliste en lui-même.
Justice – la femme de Michel Sapin, journaliste judiciaire aux Echos s’interroge sur son avenir-, sport, développement durable, mode… peu importe le sujet, ces journalistes, souvent avec des années de carrière derrière elles, vont devoir imaginer une façon d’exercer leur métier pour les années qui sont devant elles. On leur souhaite beaucoup d’inspiration.

Photo : Main de la Vénus de Milo © Archäologisches Institut der Universität Göttingen

Des Cités dans la cité

Des sciences, de la musique, de la mode et du design, du cinéma, de l’architecture et du patrimoine, de l’histoire et de l’immigration, les cités se multiplient dans le monde culturel parisien. Que révèle le choix de ce terme dans la dénomination de tous ces lieux inscrits déjà dans la ville ?

Du latin civitas, la cité désigne « l’ensemble des citoyens constituant une ville, une cité, un Etat ». A Paris, on a l’île de la Cité, le cœur et chœur (là où se trouve la cathédrale) de la ville. Depuis plusieurs années, le terme cité désigne aussi des lieux culturels dédiés à un domaine spécifique. De la Cité des sciences à la Villette inaugurée en 1986 à la Cité du cinéma qui devrait ouvrir ses portes à l’automne 2012, pourquoi ces lieux optent-ils pour ce terme ? Ne risque-t-on pas la saturation avec ce nom quand près de six espaces culturels parisiens l’ont déjà choisi ?
Le point commun de ces lieux culturels apparaît de suite. Ces cités se veulent être des endroits où le plus grand nombre peut se rassembler autour d’une thématique commune. Ainsi, la plupart des cités culturelles mêlent à la fois musée, école, bibliothèque, lieu de recherche, espace évènementiel. Elles sont ainsi ouvertes à tous les citoyens, tous ont le droit de cité.
Projet muséal et d’urbanisme
Au point de vue architectural, des spécificités se dessinent. Pour reprendre l’exemple de la Cité des sciences, le projet, lancé à la fin des années 1970, était vraiment de créer une ville dans la ville, un nouveau quartier pour remplacer les abattoirs et marchés à bestiaux qui animaient cette partie du nord-est de Paris. Autant un projet muséal que d’urbanisme, la Cité des sciences s’inscrit dans un parc, tente de renouer avec les quartiers environnants, de se réinscrire dans la ville. A l’instar de la Villette, le projet de Luc Besson, aux portes de Paris, à Saint-Denis, semble relever de cette double logique avec une superficie dix fois moins grande (62 000 m2). Le mot cité vient aussi ici comme une évocation des studios Cinecitta de Rome et on aurait eu du mal à les appeler les studios EuropaCorp comme les hollywoodiens Universal Studios.
Réorganiser des compétences et des lieux
L’utilisation du terme « cité » suivi de plusieurs domaines culturels revèle souvent un projet d’unification de compétences, d’éléments déjà existants. C’est le cas de la Cité de l’architecture et du patrimoine et de la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration, toutes deux ouvertes sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Pour la première, il s’agissait de donner à l’institution du Palais de Chaillot un renouveau indispensable. Pour la seconde, il fallait arriver au bout d’un projet épineux abandonné par Mitterrand et repris par Chirac.
Mots plus justes
Et justement, plutôt que d’utiliser systématiquement ce terme de cité, des mots plus justes ne pourraient-ils pas être utilisés ? Mémorial pour la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration, centre national ou international de la musique pour la Cité de la musique ? Les Docks en référence à l’ancienne destination du lieu pour la Cité de la mode et du design récemment inauguré ?
Synonyme d’ouverture et de multidisciplinarité pour désigner des lieux culturels, le terme « cité » semble aussi se refaire une beauté quand la cité désigne aussi la « téci », un endroit un peu morne et abandonné.
A Paris, reste que si l’on se rend à la Cité, on va soit au Palais de Justice soit, au mieux, au marché aux fleurs. Alors, en attendant que tous ces lieux trouvent des surnoms ou des acronymes, précisez bien quelle cité vous allez visiter.

Campagne présidentielle : Les mots de la culture

Sept mots ou expressions ont retenu notre attention dans les programmes des candidats à la présidentielle quand on vient à parler culture.

Démocratisation : C’est le terme qui revient dans tous les programmes, projets et bilan des candidats à la présidentielle. Si la démocratisation de la culture fait consensus, l’idée est réellement passe-partout. On aurait pu attendre de la part des candidats un peu plus de précision. Bibliothèques, musées, télévision, internet, la France offre tout de même de nombreux lieux de culture ouverts à tous et pour certains gratuits. L’école comme lieu d’accès à la culture est favorisé par presque tous les candidats. Décentralisation, participation active des citoyens, les propositions sont assez semblables d’un programme à l’autre.

Exception culturelle : Toujours présent dans le vocabulaire politique, le terme
« exception culturelle française » se décline selon les candidats. Marine Le Pen le revendique contre la globalisation mondialiste et déclare que cette exception relève « d’une logique de priorité nationale ». François Bayrou préfère parler d’une « singularité culturelle française » définie par un héritage fort et une capacité de projection vers l’avenir. A l’exception, Jean-Luc Mélenchon ajoute la diversité culturelle. François Hollande envisage « une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle ».

Hadopi : C’est autour de Hadopi que les candidats jouent aux politiques. Valorisée par Nicolas Sarkozy dans son programme, la loi revient comme un refrain dans tous les programmes consultés, avec les mêmes paroles : on ne veut pas de Hadopi. Contribution des fournisseurs d’accès pour Jean-Luc Mélenchon, licence globale pour Marine Le Pen, les solutions sont moins évidentes pour les autres. François Bayrou reste très imprécis. François Hollande annonce un remplacement de la loi dans son programme mais plutôt une loi repensée dans une tribune dans le Monde en date du 3 mars. Hadopi, un sujet hautement politique.

Intermittent : Le régime particulier de l’intermittence est visé dans plusieurs programmes. Réformé chez Marine Le Pen, il sera complété de structures d’insertion réservées aux nationaux. A gauche, on plaide pour une refonte du système qui protège davantage. Eva Joly prône la création d’un statut du « pluriactif culturel » et des mutuelles pour la protection sociale. La mutualisation est aussi la réponse pour Jean-Luc Mélenchon contre le système de l’intermittence actuel.

Patrimoine : Qui a dit que le patrimoine est une notion de droite ? Les programmes des candidats ne disent pas le contraire. Dans son bilan, Nicolas Sarkozy  confirme la hausse des budgets pour la restructuration du patrimoine. Marine Le Pen se veut offensive sur le sujet en évoquant « les menaces pesant sur notre patrimoine ». Elle annonce un plan d’urgence et un audit sur les ventes faites par l’Etat ces cinq dernières années. Balle au centre avec François Bayrou qui propose un apurement avec un calendrier crédible du soutien à la réhabilitation du patrimoine. Pour les autres, les citoyens resteront un peu sur leur faim. Dommage, le sujet qui passionne les Français, aurait mérité, au-delà de la question de la sauvegarde, une réflexion plus poussée notamment sur des usages nouveaux de lieux historiques.

Presse – audiovisuel : Aide, indépendance, publicité, désignations, comme Hadopi, c’est souvent en réaction aux mesures prises par Nicolas Sarkozy que les candidats définissent leur ligne de conduite. C’est surtout l’indépendance de l’audiovisuel public qui est mise en avant pour les François (Hollande et Bayrou). On notera le projet de loi assez inédit de Marine Le Pen qui interdirait la possibilité que les grands groupes de médias appartiennent à des sociétés en lien avec l’Etat avec des exemples pour ne pas les citer nommément : armement et BTP. Jean-Luc Mélenchon est plus évasif en prévoyant une loi contre les concentrations dans le domaine.

Public-Privé : Pour Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon, l’Etat doit être très engagé dans la culture. Pour les Verts, 1 % du budget de l’Etat doit être alloué à la culture. Pour le Front de gauche, un véritable service public de la culture doit être créé contre « le processus de marchandisation de ce domaine. » Pour les deux candidats les plus à gauche, public et privé apparaissent en opposition quand il s’agit de culture. Cette opposition n’apparaît pas dans les autres programmes.

Photo : La Joconde dans les nouvelles salles du Louvre en 1920 / Agence Meurisse

La culture en campagne (6) : Eva Joly

Allons voir du côté des sites Internet des candidats à l’élection présidentielle leurs propositions dans le domaine culturel. Car si la matière ne constitue pas une actualité aussi forte que l’économie ou le social, elle laisse tout de même apparaître des choix qui nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de nos candidats.

Que donnent écologie et culture ? On s’y colle en se plongeant dans le projet d’Europe Ecologie les Verts (EELV) : « Vivre mieux ; vers la société écologique ». Le chapitre concernant la culture arrive à la moitié du projet, sous le titre : « Pour une écologie de l’art et de la culture ». D’abord un constat, « La culture s’aliène en se subordonnant aux seules lois du marché ou en acceptant d’être instrumentalisée au service d’un certain mode de développement économique des territoires. » Les Verts s’appuient sur la Déclaration universelle pour la diversité culturelle de l’Unesco pour développer leurs idées dans le domaine.
1 % du budget de l’Etat pour la culture
Après un point sur la promotion de la diversité et l’accès du plus grand nombre à la culture, le projet prône la suppression des lois Hadopi ou Davdsi. L’objectif serait de consacrer 1 % du budget de l’Etat pour une véritable offre publique. Les Verts souhaitent favoriser « l’acquisition d’œuvres d’artistes vivants » et « taxer la spéculation dans le circuit national et international ». Un œil avisé sera porté sur les dispositifs d’exonération dans le cadre de mécénat. Développement du tiers secteur culturel, fonds mutualisés pour les artistes, la culture doit donc trouver un entre-deux entre public et privé. La création du statut de « pluriactif culturel » pourrait assurer aux intermittents des revenus plus stables.

La culture dans les discours d’Eva Joly
Le 19 janvier 2012, à Nantes, lors des Biennales internationales du spectacle, Eva Joly a déclaré vouloir « construire avec les acteurs une nouvelle fiscalité culturelle, qui favorise la circulation des biens culturels « art et essai », en commençant  par appliquer le taux super-réduit de TVA aux œuvres écrites littéraires, artistiques, et philosophiques et le préserver pour la billetterie de spectacles. » Opposée à la création du Centre national de la musique qui serait sous domination de l’industrie culturelle, elle souhaite également rénover la gouvernance du ministère de la Culture, notamment en instaurant une parité homme-femme.

A voir :
www.eelv.fr
www.evajoly2012.fr