Félix Vallotton : les sentiments décomposés

valloton_affiche40x60-12-07_0Cet automne, le Grand Palais ouvre ses galeries à deux peintres bien singuliers. D’un côté, Georges Braque indissociable du cubisme et de l’autre Félix Vallotton qui, même proche des nabis, révèle une œuvre assez inclassable. Jusqu’au 20 janvier 2014, le peintre d’origine suisse aux 1700 toiles se découvre sous toutes ses peintures des plus colorées aux plus sombres.

L’œuvre de Vallotton est parfois difficile à cerner. Des saynètes d’intérieur bourgeois aux grands nus colorés en passant par des paysages pour la plupart silencieux, Félix Vallotton impose un style ou plutôt des styles qui peuvent dérouter. Il est comme cela Vallotton. Dès l’entrée de l’exposition, c’est un autoportrait qui nous accueille et déjà un doute. Cette moustache duveteuse est-elle la marque d’un jeune homme de 17 ans (comme écrit sur le cadre du tableau) ou de 20 ans (comme l’indique le cartel) ? Tout au long de l’exposition, les peintures mises côte à côte, l’aspect thématique ayant prévalu sur la chronologie, laisse voir des œuvres variées, aux styles multiples, aux couleurs sourdes ou très vives. Entre Femme au perroquet (1909), évocation de l’Olympia de Manet et Les Quatre torses (1916) aux chairs glacées, le peintre sème son spectateur, le pousse dans des interrogations stylistiques tout en offrant un dessin assuré, des couleurs solides.
Impassible Vallotton ? Pas vraiment. Les lieux d’exposition ont opté pour des gris neutres mais on sent monter la tension. Les peintures de scènes d’intérieurs ou d’intimité donnent presque envie de balancer la vaisselle. L’harmonie apparente de Cinq Heures (1898), les crânes luisants de Chaste Suzanne (1922), le vide inquiétant dans Le Haut-de-forme, intérieur (1887) révèlent le talent de l’artiste. Les compositions pallient des sentiments parfois décomposés.
La technique et l’oeil acéré
Et puis arrive une première salve de xylographies, technique de gravure sur bois très prisée par Vallotton. Là encore, elles illustrent l’intimité, le quotidien, les relations humaines ou encore les instruments de musique. Du noir de jais ressortent les figures et les expressions avec d’autant plus de contraste. Elles se regardent attentivement, en face à face, les visiteurs n’en zappant pas une seule. Technique et œil acéré de Vallotton subliment ces xylographies.
Le peintre se mue aussi en photographe. Dans ces peintures, les cadrages innovent, montrent la vie quotidienne et les paysages autrement comme dans La Cathédrale de Petropavlosk (1913) ou Les Laveuses à Etretat (1899) où le point de vue devient presque aérien.
Le second étage de l’exposition accentue le côté déroutant du peintre mais on commence un peu à s’y perdre même si quelques toiles accrochent le regard et interrogent comme La Blanche et la noire (1913). Le commissaire d’exposition tente de nous rattraper – joli parallèle entre une étude de jambon et une paire de fesses grassouillettes. Les grands nus inspirés de la mythologie même vus au deuxième degré n’ont plus la pertinence ténue du peintre. C’est la guerre, une série de xylographies sur la Première Guerre mondiale boucle le parcours dans une délicatesse toute meurtrière. Du Vallotton tout cru.

Félix Vallotton, le feu sous la glace, Grand Palais, jusqu’au 20 janvier 2014

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