Helmut Newton : Un photographe à nu

Rétrospective au Grand PalaisDu 24 mars au 17 juin 2012 (prolongement jusqu’au 30 juillet), le Grand Palais, à Paris, présente une rétrospective consacrée au photographe de mode, Helmut Newton. Choisies par sa femme June Newton, les photographies de l’exposition retracent le parcours de celui qui se qualifiait de « voyeur professionnel ».

« Elles arrivent » en tailleurs jupe ou pantalon, chapeautées, les mains sur les hanches ou les bras croisées, le regard altier et puis nues ayant eu juste le temps de changer de chaussures. Le célèbre diptyque photographique d’Helmut Newton trône en bonne place et grand format dans la rétrospective que lui consacre le Grand Palais. Au cœur de l’exposition, dans la deuxième salle aux murs peints en un bleu sourd, s’affiche les nues dont Helmut Newton s’est fait une spécialité à partir des années 1980. L’accrochage montre surtout l’évolution de ce photographe de mode qui a contribué à tous les grands magazines féminins de Vogue à Elle. D’origine allemande, Helmut Neustädter quitte son pays en 1938 et devient Helmut Newton en Australie. Il commence sa carrière dans les années 1960. La première salle montre ainsi ses débuts. Légères, graphiques ou plus mystérieuses –série avec télévision-, ses premières mises en scène évoquent déjà les différentes facettes de l’artiste. Pour lui, « une bonne photographie de mode doit ressembler à tout, sauf à une photographie de mode ». Si aujourd’hui, la photographie de cette femme en costume Yves Saint Laurent prise de nuit, rue Aubriot à Paris, pourrait ressurgir dans le dernier numéro de n’importe quel magazine féminin, elle date de 1975. S’inscrivant dans l’histoire de la photographie de mode aux côtés de Hoyningen-Huene, Horst P. Horst, Cecil Beaton mais aussi Irving Penn et Richard Avedon, Newton a contribué à modifier cette photographie qui se veut à la fois créative et à la fois commerciale.
Plus loin
Son histoire, sa personnalité vont l’emmener plus loin. « Attiré par le mauvais goût », par les mouvements sado-masochistes par exemple, Newton réalise des clichés aussi pour « lutter contre la normalisation du regard ». Une main ornée de haute joaillerie déchiquetant un morceau de poulet, une femme à quatre pattes sur un lit et sellée, des mannequins de cire enchaînés, l’homme ose le bordel dans les milieux bourgeois et faussement sages. Il est à l’origine du « porno chic » qui a connu ses quelques années de gloire au début des 2000. Face à ces clichés qui, finalement, ne choquent plus vraiment aujourd’hui, on se concentre sur le travail de portraitiste de l’artiste. La dernière salle aux murs gris bleu présente, en effet, plusieurs portraits connus ou moins connus de personnes célèbres ou moins célèbres. Les frères Wildenstein, marchands d’art, sont shootés dans une composition à trois têtes pas très loin de la folie. Jean-Marie Le Pen câlinent presque ses Dobermann. Paloma Picasso au binocle, le prince Karim Aga Khan au globe en plastique, Salvador Dali mourant, Newton fait ici preuve d’une grande sensibilité. Catherine Deneuve ou Charlotte Rampling dévoilent une féminité affirmée mais délicate. Des femmes fortes, comme les aime Newton, sans ce sentiment de domination qui prévaut dans d’autres clichés.
L’ « Autoportrait avec June et modèles », 1981, débute et clôt l’exposition. En une image, Newton se dévoile à nous en imperméable, l’œil rivé sur son Rolleiflex.

Site officiel : http://www.grandpalais.fr/grandformat/exposition/helmut-newton/

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