La culture en campagne (5) : Jean-Luc Mélenchon

Allons voir du côté des sites Internet des candidats à l’élection présidentielle leurs propositions dans le domaine culturel. Car si la matière ne constitue pas une actualité aussi forte que l’économie ou le social, elle laisse tout de même apparaître des choix qui nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de nos candidats.

C’est sur le site placeaupeuple2012.fr que l’on découvre le programme du Front de gauche dont le candidat déclaré est Jean-Luc Mélenchon. Disponible sous un format pdf, le programme titré « L’Humain d’abord » a été imprimé et écoulé à 300 000 exemplaires papier. Le chapitre « L’émancipation humaine en tête » inclut la culture dès son introduction : « L’organisation de la société doit donc permettre à chacun d’être maître de soi-même et de son existence par des politiques publiques qui placent en leur cœur les enjeux de culture, d’art, de savoir, de création, de maîtrise et de développement de son corps. »
Très vite arrivent des mesures concrètes notamment pour les travailleurs de la culture. Sont ainsi mises en avant l’abrogation de la loi de 2003 sur l’assurance-chômage des intermittents du spectacle et la création d’un système mutualisé pérenne. Le Front de gauche s’engage à ce que 1% du PIB soit consacré à l’art, à la culture et à la création. Côté presse, une loi contre les concentrations dans les médias et pour la défense de la presse d’opinion est dans les arcanes.
Un grand service public de l’art
Un sous-chapitre « S’épanouir par les arts, la culture, les pratiques culturelles » développe la vision du Front de gauche : « Notre choix de civilisation repose sur la capacité de la personne humaine à penser, agir, s’émouvoir. La confrontation aux arts, aux sciences, à la réflexion permet de devenir un citoyen éclairé, exigeant et ouvert. » Le mouvement plaide ainsi pour la refondation d’un grand service public de l’art, de la culture et de la communication qui s’oppose au processus de marchandisation de ce domaine. Des régulations sont préconisées pour limiter « l’emprise des industries culturelles sur l’ensemble des activités des champs artistique, littéraire et médiatique. » Débat national, conférences régionales sur le sujet doivent permettre au plus grand nombre de citoyens de prendre part à la vie culturelle.
La loi Hadopi se voit abrogée et il sera mis en place une contribution des fournisseurs d’accès, des opérateurs de télécommunications et du marché publicitaire.
Politique culturelle européenne renforcée, défense de la langue française, réouverture de centres culturels français à l’étranger, le Front de gauche regarde au-delà des frontières « pour une mondialité du dialogue et de l’échange ».

Un encart sur l’état de culture en France
Au cœur du programme, un encart dénonce l’appauvrissement de la culture notamment dans son cadre public : précarisation des agents, coupes budgétaires, reconversion forcée qui s’opposerait à des partenariats de plus en plus étendus avec le privé et les multinationales.

www.placeaupeuple2012.fr

La culture en campagne (4) : François Bayrou

Allons voir du côté des sites Internet des candidats à l’élection présidentielle leurs propositions dans le domaine culturel. Car si la matière ne constitue pas une actualité aussi forte que l’économie ou le social, elle laisse tout de même apparaître des choix qui nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de nos candidats.

Sur www.bayrou.fr, pas d’onglet Culture dans les propositions du candidat. Il faut donc un peu de curiosité pour connaître les engagements du Béarnais dans le domaine. Le plus évident se trouve sur la page d’accueil et concerne la loi Hadopi. Plus que des propositions, le candidat explique son opposition à la loi « ce n’est pas une bonne idée », tout en reconnaissant la nécessité de protéger les droits d’auteurs. En citant l’exemple de Michel-Ange qui, sans le soutien des papes, n’aurait pas pu peindre la chapelle Sixtine, le candidat brouille un peu les cartes. Parle-t-on de mécénat ou de droits d’auteurs ? Contre Hadopi et aussi opposé à une licence globale, le candidat prône le développement du téléchargement légal à un prix plus abordable.
Pour lire ses idées sur la culture, le site renvoie à plusieurs interventions médiatiques, déclarations faites lors de visites, forums du candidat (notamment celui sur l’éducation). On a retenu l’entretien accordé à Beaux-Arts Magazine publié début mars 2012. Le candidat revient d’abord sur le bilan de Nicolas Sarkozy dans le domaine : « Rien de nouveau sous le soleil ! » Ce féru d’histoire n’approuve pas, entre autres, « l’idée baroque de créer un musée de l’Histoire de France », idée trop réductrice et trop coûteuse à ses yeux.
Trois priorités
Sans faire de distinction entre création artistique, numérique, littéraire, théâtrale, plastique », Bayrou « met la création artistique au même plan que la création scientifique ou industrielle. » Avec analogies et métaphores, le candidat définit une ligne culturelle où l’Etat doit être fédérateur et les citoyens des acteurs et des spectateurs à part entière. Concrètement, le candidat affirme que cela ne passe pas par une augmentation du budget alloué à la culture, ministère qu’il verrait bien être dirigé « pas forcément par un politique ». Trois priorités sont révélées à Beaux-Arts Magazine : l’indépendance de l’audiovisuel public, une loi-cadre sur la création – des grandes orientations dont la réalisation est confiée au pouvoir réglementaire, un apurement du soutien à la réhabilitation du patrimoine.
En conclusion, le candidat met en avant une singularité culturelle française définie par un héritage fort et une capacité de projection vers l’avenir et soutenue par une puissance publique « considérant qu’elle n’est pas extérieure à cette entreprise poétique. »

Produire en France et produire culturel
François Bayrou applique aussi son « produire en France » dans la sphère culturelle. Lors de la sa visite, le 29 janvier, au festival international de la bande dessinée d’Angoulême, il a souligné la réussite de ce secteur en se rendant sur les stands des grands éditeurs hexagonaux et en louant le renouvellement permanent de l’art de la BD.

Photo : bayrou.fr

www.bayrou.fr
Dossier dans Beaux-Arts Magazine, Politique culturelle : La culture s’expose à la présidentielle, n°233, mars 2012.

Berenice Abbott : le documentaire photographique est de l’art

Encore une femme photographe exposée au Musée du Jeu de Paume à Paris. Après Lisette Model, Claude Cahun, Diane Arbus, c’est Berenice Abbott (1898-1991) qui est à l’honneur, jusqu’au 29 avril 2012, de l’institution culturelle parisienne dédiée à la photographie.

Si la rétrospective Diane Arbus a battu des records de fréquentation avec près de 215 000 visiteurs, l’exposition Berenice Abbott répartie sur un étage devrait, malgré l’ouverture en simultanée de celle du Chinois Ai Weiwei, réunir de nombreux curieux autour de la photographe américaine et de ses vues de New York. Et pour commencer l’exposition, direction… Paris où la jeune femme arrive dans les années 1920. Assistante de Man Ray, elle évolue alors dans la bohême parisienne et tire le portrait de ses protagonistes. A côté des clichés de Cocteau et James Joyce, Abbott a l’œil et le cadre avisés face au crâne lisse du marchand d’art Julien Levy, au profil presque auréolé de la dramaturge Djuna Barnes et à la pose désarticulée de Solita Solano. On ne peut pas passer à côté du portrait de Eugène Atget, première image de l’exposition. Derrière ce vieillard courbé, c’est aussi de l’histoire de Berenice Abbott et de son attachement à la photographie documentaire qui l’est question. Elle a ainsi acheté un grand nombre des archives du photographe de l’ancien Paris et n’a cessé d’en louer la qualité durant toute sa vie.
Dire que le travail d’Atget a influencé celui de Abbott semble une évidence. De retour à New York, elle vise aussi à partager les transformations de la ville. Entre souci documentaire et parti pris esthétique, elle se met à photographier la cité sous tous ses aspects. Un premier projet d’album dont quelques planches sont présentées, démontre la pertinence de son travail. C’est avec Changing New York 1935-1939 que son talent s’exprime. Autant dans les choix de sujets (la verticalité, les perspectives mais aussi les métiers, les boutiques) que dans la façon de les traiter (plongée et contre-plongée sur les buildings, détails des vitrines de boutiques, accumulation de voitures dans un parking), Abbott dessine une ville géante et moderne mais aussi multiple, décalée, parfois abandonnée.
Abbot est sortie de New York. Elle a pris quelques vacances mais toujours avec son appareil à portée de main. De sa ville fétiche à Miami, elle a, dans les années 1950, longé toute la côté Est des Etats-Unis. Entre campagne et bord de mer, les clichés montrent cette autre Amérique que l’on dit si différente de celle de la Big Apple. La dernière salle s’attarde sur les photographies scientifiques de l’artiste. Lumière, vitesse, Abbott est engagée par l’institut technologique du Massachusetts pour illustrer les principes de la physique. Curieuse, déterminée, inspirée, Abbott est une magnifique représentante du style documentaire qui, sous des aspects parfois très contrôlés, révèle des qualités artistiques d’une grande force.

www.jeudepaume.org 

La culture en campagne (3) : Marine Le Pen

Allons voir du côté des sites Internet des candidats à l’élection présidentielle leurs propositions dans le domaine culturel. Car si la matière ne constitue pas une actualité aussi forte que l’économie ou le social, elle laisse tout de même apparaître des choix qui nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de nos candidats.

Dans le projet de Marine Le Pen, la culture apparaît dans le chapitre « Avenir de la Nation ». Sous le titre « Assurer le rayonnement de la culture française », la candidate fait une analyse de la situation et poursuit sur ses positions. Une brève introduction met en avant l’héritage culturel français issu « des plus grandes civilisations qu’a connues l’Histoire, qu’elle (la France) a su réunir dans une culture originale. » Cet atout majeur doit être valorisé.
L’analyse démontre « que des menaces pèsent sur notre patrimoine et sur notre vie culturelle, de plus en plus d’acteurs osent le dire et le dénoncer ». Opacité voire clientélisme, manque de démocratisation culturelle, abandon de patrimoine, menace sur l’exception culturelle et même sur la langue française, le constat est rude. Ainsi, « une véritable politique nationale doit relancer l’excellence et l’originalité de la création culturelle française et sa diffusion dans le monde, en liaison avec les Ministères des Affaires étrangères, de la Coopération et de la francophonie. »
La position
En 10 points, la candidate FN assied sa position. « Redonner la parole au public » permettrait à des membres d’associations de prendre place dans les conseils d’administration d’institutions culturelles. Marine Le Pen souhaite favoriser financièrement les structures qui touchent un public important. Moins pour Paris et plus pour la province. Les pratiques amateurs (pas d’exemples cités) devront être mieux prises en compte.
La défense du patrimoine sera mise en avant par un plan d’urgence et un audit sera demandé sur « les cessions du patrimoine national effectuées par France Domaine (…) souvent en catimini ». Télévision, cinéma, l’exception culturelle française qui touche ces domaines relève « d’une logique de priorité nationale » qui doit être soutenue.
Côté professionnel, « le statut des intermittents sera réformé » et des structures d’insertion (opéras, orchestres, théâtres) seront créées et réservées aux nationaux. Le FN souhaite également restaurer la politique de la langue française en renforçant la loi dite Toubon (1994). Une grande banque de terminologie sera créée en partenariat avec celle du Québec et de l’ONU. Stop à la favorisation de l’anglais dans les brevets internationaux.
La presse et Internet concluent les positions. Côté presse, une loi interdira la possibilité que les grands groupes de médias appartiennent à des sociétés en lien avec l’Etat (ici des exemples : armement et BTP). Côté Internet, une licence globale sera instaurée pour les échanges privés sur Internet et goodbye à Hadopi, Loppsi 2, Acta…

Vous allez connaître TED

TED, né en 1984, n’est pas fait de chair et de sang mais d’idées et de mots. Cette organisation, à but non lucratif, a comme objectif la diffusion des idées. Son moyen d’action : des conférences menées par des spécialistes dans leur domaine à consulter en vidéo sur Internet gratuitement. Allons voir du côté de chez TED.

Avec plus de 900 vidéos mises en ligne sur son site (ted.com), TED offre gratuitement à tout internaute des centaines d’heures de discussion menée par des spécialistes dans tous les domaines du savoir et de la connaissance. 2 600 ans d’histoire vus à travers une pierre archéologique et racontés par un conservateur du British Museum, l’avenir de la création défini par un Philippe Starck reconverti en acteur de stand-up, le tabou des erreurs médicales abordé par un médecin-physicien de Toronto, autant de thèmes et de personnes pour faire réfléchir, pour apporter de la matière grise aux cerveaux contemporains. Un fond neutre, parfois le logo de TED en arrière-plan, la personnalité invitée à parler est debout, se déplace sur la scène, s’adresse à un public et boucle son monologue en quelques dizaines de minutes.
Des conférences aux discussions
Créé dans les années 1980 par Richard Saul Wurman, TED pour Technology, Entertainment et Design est, à l’origine, une conférence annuelle pour trouver des convergences entre ces trois domaines de création. La première conférence a ainsi porté sur la présentation du lecteur de CD Sony et sur les premiers effets 3D développés par Lucasfilm. Après des débuts un peu difficiles, TED s’est développé. Au tournant du siècle, le Britannique Chris Anderson reprend l’association et décline le principe des conférences en discussions. Deux conférences annuelles ont toujours lieu à Palm Springs et à Edimbourg. Le Net a permis de multiplier les TEDtalks, les rendre visibles et accessibles à un plus grand nombre. Un grand choix de sous-titres en plusieurs langues facilite leur compréhension.
Porté par des contributions d’entreprises et de fondations caritatives, TED se mondialise et voit naître notamment des groupes (TEDx) dans plusieurs pays hors Etats-Unis. En France, la prochaine TEDxParis se déroulera à l’Olympia en octobre 2012.

www.ted.com

La culture en campagne (2) : François Hollande

politique artistique et culturelleAllons voir du côté des sites Internet des candidats à l’élection présidentielle leurs propositions dans le domaine culturel. Car si la matière ne constitue pas une actualité aussi forte que l’économie ou le social, elle laisse tout de même apparaître des choix qui nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de nos candidats.

Dans les 60 engagements du candidat socialiste, la culture apparaît principalement dans le point numéro 44 dans le chapitre « Redonner espoir au nouvelles générations ». Sous le titre « Je veux soutenir l’accès à la culture et la création artistique », François Hollande insiste notamment sur une meilleure décentralisation avec « un maillage culturel mieux coordonné ».
Concrètement, son action porterait notamment sur une loi d’orientation sur le spectacle vivant définissant donc des missions, des moyens et des buts à ce domaine culturel pour plusieurs années. Le candidat souhaite également reprendre le chantier du Centre national de la musique. Il est ici devancé par le gouvernement qui a, le 28 janvier 2012 lors du Midem de Cannes, annoncé par la voix de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, la création de ce centre. Calqué sur le Centre national de la cinématographie (CNC), le CNM devrait réunir entre 70 à 90 millions d’euros pour soutenir «favoriser la création et la diversité musicale, l’amélioration de l’accès de tous aux œuvres musicales et l’irrigation des territoires». Retour à un taux de TVA de 5,5% pour le livre et la billetterie, lutte pour la survie des librairies indépendantes, les professionnels du livre ne pourront que se sentir rassurés par de telles propositions.
Comme dans le bilan de Nicolas Sarkozy, la Hadopi occupe une place importante dans le projet socialiste puisque l’engagement 45 lui est consacrée. François Hollande remplacerait cette Haute autorité par une « loi signant l’acte 2 (2.0 ?) à l’exception culturelle française ». Il a développé cette idée lors de son premier discours de politique artistique et culturelle à Nantes, le 19 janvier 2012. Cette loi doit favoriser « le développement de l’offre culturelle légale » tout en faisant participer davantage les acteurs de l’économie numérique comme « les fournisseurs d’accès et les fabricants de matériel ». Il propose une rémunération des auteurs en fonction du nombre d’accès à leurs œuvres.
Rayonnement de la France à travers le monde oblige, l’engagement 58 prône une relation favorisée avec les pays de « la rive sud de la Méditerranée » notamment en terme culturel. La francophonie y sera relancée.

Photo : francoishollande.fr, Discours de Nantes

www.francoishollande.fr

Voir aussi
Sur le Centre national de la musique : www.lefigaro.fr/medias/2012/01/28/20004-20120128ARTFIG00349-le-centre-national-de-la-musique-cree-des-cette-annee.php
Sur Hadopi et le discours de Nantes : www.lemonde.fr/culture/article/2012/01/20/hollande-veut-supprimer-et-remplacer-l-hadopi_1632444_3246.html

La culture en campagne (1) : Nicolas Sarkozy

C.AlixAllons voir du côté des sites Internet des candidats à l’élection présidentielle leurs propositions dans le domaine culturel. Car si la matière ne constitue pas une actualité aussi forte que l’économie ou le social, elle laisse tout de même apparaître des choix qui nous en apprennent un peu plus sur la personnalité de nos candidats.

Sur le site lafranceforte.fr, le président-candidat Nicolas Sarkozy opte pour un bilan de son action comme il le fait pour les autres domaines. En cinq points, traités de façon assez courte (on est sur le Net), il parle budget, démocratisation de la culture, grands projets et protection des droits d’auteurs. Il s’adresse ainsi autant au grand public (création du centre Pompidou Metz, passage à la TNT, histoire des arts comme matière du cursus scolaire à partir de la primaire) qu’aux professionnels (« le budget alloué а la culture a augmenté de 21% entre 2007 et 2012 », protection des droits d’auteurs et des artistes). La restauration du patrimoine, sujet rassembleur, est mise en avant avec des budgets en hausse. Un point entier est consacré à la création de la Hadopi en soulignant son effet pédagogique (« 20 millions de signalement et peu de dossiers transmis à la justice »). On notera aussi la mention de l’aide versée (580 millions d’euros) à la presse écrite structurellement en crise depuis plusieurs années.
Le bilan culturel de la franceforte.fr reprend, dans ses grandes lignes, l’intervention de Nicolas Sarkozy lors de ses vœux au monde de la culture à Marseille, le 24 janvier 2012, la cité phocéenne devenant capitale européenne de la culture en 2013. Même si le bilan traduit les priorités du président en terme de culture, on attend les nouvelles propositions du candidat Sarkozy pour qui, la culture est « une réponse à la crise dans un monde où les valeurs et les repères changent. »

Photo : Présidence de la République – C.Alix

www.lafranceforte.fr/bilan/culture
www.elysee.fr/president/les-dossiers/culture/voeuxau-monde-la-culture-2012/voeux-au-monde-de-la-culture-marseille-24-janvier.12867.html

L’expressionisme allemand sous toutes ses formes à la Pinacothèque de Paris

Pinacothèque de ParisAvec les deux expositions Expressionismus & Expressionismi et la collection Kremer, héritiers de l’âge d’or hollandais, la Pinacothèque de Paris met le cap à l’Est. Première étape en Allemagne avec les peintres expressionnistes du début du XXe siècle.

« Il n’y aurait pas un panneau pour nous expliquer les choses » s’inquiète un visiteur à l’entrée de l’exposition Expressionismus & Expressionismi. Si on imagine que l’expressionisme allemand va être au cœur de la visite, il est vrai que le sous-titre de l’événement « Der Blaue Reiter vs Brücke » laisse un peu perplexe les non-initiés. Sur le fameux panneau, on nous explique que se sont constitués, au début du XXe siècle, en Allemagne deux courants relevant de l’expressionnisme. Der Blaue Reiter, le Cavalier bleu, s’appuie sur une réflexion intellectuelle de la peinture, des théories fortes notamment psychologiques qui amèneront à une forme d’abstraction. Un des artistes les plus connus de cette école s’appelle Vassily Kandinsky et il est russe. L’autre mouvement Die Brücke, le Pont, préfère une approche très sensible de la pratique picturale, les artistes, dont Ernst Ludwig Kirchner, font appel à leurs émotions et à leur instinct.
Une fois la théorie abordée, passons à la pratique en observant les œuvres. Et là, bien qu’un code couleur nous informe de l’appartenance des peintures à l’un ou l’autre groupe, les choses se compliquent. Il faut en effet avoir un œil déjà bien formé à l’expressionisme allemand pour distinguer les deux courants.
Lignes acérées et couleurs saturées
Et finalement, peu importe. Dans un déroulement fluide, on alterne paysages, portraits, scènes de vie quotidienne. Lignes acérées et couleurs parfois saturées composent des toiles vives, étranges, inquiétantes, apaisées, idylliques, autant de sentiments que de peintres présentés. Si les quelques toiles de Kandinsky se détachent de l’ensemble par leur singularité, on découvre une création allemande riche, influencée, innovante… Des peintres accrochent le regard : Marianne Von Werefkin et ses profondes couleurs, Karl Schmidt-Rottluff et ses aquarelles, August Macke et sa simplification formelle, Erich Heckell et ses gravures sur bois.
Avec plus d’une centaine de toiles, la Pinacothèque a opté pour une disposition thématique qui laisse libre cours à la visite. A nous de découvrir les divergences et convergences, de regarder une toile pour ce qu’elle est et/ou de la comparer avec sa voisine. Et pour ceux dont les yeux saturent de couleur, la précision et les clairs-obscurs des peintres hollandais de la collection Kremer attendent au sous-sol pour une deuxième exposition tournée vers l’Est européen.

Expressionismus & Expressionismi, Der Blaue Reiter vs Brücke, Berlin-Munich, 1905-1920 à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 11 mars 2012.

Diane Arbus : Regard double et trouble

Jeu de PaumePlus que quelques jours, jusqu’au 5 février 2012, pour courir à la rétrospective de la photographe américaine Diane Arbus au Jeu de Paume à Paris. Profitez des nocturnes pour découvrir un travail photographique très singulier.

« Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez ». Inscrite à l’entrée de l’exposition, cette phrase de Diane Arbus vous guidera tout au long de l’exposition rassemblant 200 clichés de la photographe américaine. Diane Arbus est une intuitive. Elle le démontre avec ses photographies prises du milieu des années 40 à la fin des années 60 à New York et dans ses environs (Brooklyn, Coney Island, Massachusetts, New Jersey). Ses portraits qu’ils dépeignent des vies décalées (transformistes, personnages de cirque, nains, nudistes, handicapés) ou des gens de tous les jours révèlent comment apparence et réalité forment un jeu humain complexe. Masque, vêtement, coiffure, maquillage, autant d’effets qui transforment les hommes et les femmes, qui en disent long ou court sur leur personnalité.

Mais Diane Arbus, « la chasseresse » comme la surnommait Walker Evans dont elle a poursuivi avec force le travail de photographie documentaire, a justement le don de démasquer. La main crispée de l’enfant jouant avec une grenade en plastique, le chignon de traviole de Mae West, les bigoudis de James Brown, le faux grain de beauté de cette femme à l’expression terrifiante, Arbus montre une réalité qui trouble, questionne le spectateur. Avec 200 clichés aussi forts, le visiteur peut se sentir déboussolé. Le choix de la disposition des œuvres non thématique et non chronologique atténue ce résultat et tant mieux. Elle donne à faire des correspondances entre portraits de personnages qui, s’ils vivent dans la même ville, n’évoluent pas dans le même monde. Certaines photos prêtent parfois à sourire comme ce portrait de nudistes dans leur salon où sur la commande trône une photographie de famille de l’épouse nue.

Sur deux étages, l’exposition alterne entre salles peintes en blanc et en noir anthracite. Une autre façon de reprendre son souffle. Dans cette installation intuitive, on ne comprend néanmoins pas pourquoi le travail de l’artiste mené dans une institution de handicapés mentaux figure à part. De même, les dernières salles de l’exposition qui se concentrent sur la biographie de l’artiste peuvent virer, même si elles sont source de connaissances, à « la mise en icône » de cette femme qui s’est suicidée à 48 ans.

Troublantes, inquiétantes mais aussi attendrissantes et pleines d’espoir, les photographies de Diane Arbus donnent vraiment à voir de l’humanité quotidienne.

www.jeudepaume.org